Vie des campus

« Anticiper l’effondrement démographique avec une vision stratégique » (Bruno Bobkiewicz, SNPDEN-Unsa)


Les conséquences de l’effondrement démographique ne sont pas anticipées pour l’Éducation nationale comme il le faudrait, c’est-à-dire avec une vision stratégique et proactive : telle est la vision de Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du SNPDEN-Unsa.

Pour lui, plutôt que de décider tous les ans de fermer des classes ou des établissements, l’État devrait par exemple, penser mutualisation entre le premier et le second degré, pour disposer d’ensembles scolaires avec des effectifs suffisants et une vraie équipe de direction. « Un personnel de direction, seul, sans adjoint, dans une petite structure, ce n’est pas du tout un schéma intéressant. »

Alors que les élections professionnelles auront lieu en décembre, le secrétaire général du SNPDEN-Unsa pointe aussi une surcharge de travail et la dégradation des conditions d’exercice du métier de chef d’établissement et un manque d’enseignants.

« Anticiper l’effondrement démographique avec une vision stratégique » (Bruno Bobkiewicz, SNPDEN-Unsa)
« Anticiper l’effondrement démographique avec une vision stratégique » (Bruno Bobkiewicz, SNPDEN-Unsa)

Penser mutualisation entre les premier et second degrés

Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du SNPDEN-Unsa - © LinkedIn
Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du SNPDEN-Unsa - © LinkedIn

Pour Bruno Bobkiewicz, les conséquences de l’effondrement démographique dans l’Éducation nationale ne sont pas encore considérées comme il le faudrait, c’est-à-dire avec une vision stratégique et proactive. « Plutôt que de décider tous les ans de fermer des classes ou des établissements, l’État devrait, par exemple, penser mutualisation entre le premier et le second degré, pour disposer d’ensembles scolaires avec des effectifs suffisants et une vraie équipe de direction », estime-t-il.

« Un personnel de direction, seul, sans adjoint, dans une petite structure, ce n’est pas du tout schéma intéressant. Faute de cette anticipation, la baisse des effectifs va accentuer le déséquilibre entre public et privé, comme cela est en train de se produire à Paris ou dans l’ouest du pays. »

Des ponts entre le second degré et le supérieur

Pour le secrétaire général du SNPDEN-Unsa, il pourrait y avoir des ponts entre le second degré et le supérieur, et même du premier au second degré. Et si on veut améliorer la question des transitions et des liaisons entre les niveaux, « il n’y a rien de mieux que de les rassembler dans la même structure ».

À ce titre, la logique développée par l’AEFE (Agence pour l’enseignement du français à l’étranger) lui paraît très intéressante, « c’est-à-dire des établissements du premier degré au post-bac. On peut donc tout à fait imaginer des structures mixtes, des cités scolaires élargies ».

Manque de vision politique

Quant à savoir si la baisse des effectifs doit générer une baisse des budgets : « je n’en sais rien mais je sais que nous manquons d’un pilotage stratégique et d’une vision politique de la part de l’État. L’incertitude budgétaire n’est plus un phénomène conjoncturel : elle est permanente », indique-t-il.

Il observe une pression budgétaire croissante sur les dotations horaires, les postes administratifs et les moyens de vie scolaire. « L’École, ses personnels et ses missions doivent être sanctuarisés, avec stabilité des orientations, clarté du pilotage et prévisibilité budgétaire. »

Plusieurs sujets en vue des élections professionnelles de décembre

Bruno Bobkiewicz liste aussi les sujets que porte son syndicat en vue des prochaines élections professionnelles en décembre. Parmi eux : la surcharge de travail et la dégradation des conditions d’exercice du métier de chef d’établissement.

Les personnels de direction sont fatigués

« Je rappelle que dans notre livre blanc paru début 2025, 71,1 % des personnels de direction estiment qu’un quart à trois quarts de leurs tâches ne relève pas de leur référentiel métier, et que 25 % des chefs d’établissement déclarent travailler plus de 60 heures par semaine. Les personnels de direction sont fatigués et en ont marre des nombreuses annonces et injonctions, avec une augmentation de la charge de travail sans réflexion sur les conséquences. »

Deuxième sujet majeur : le manque d’enseignants, qu’il provienne d’une organisation défaillante de l’Éducation nationale ou d’un manque de postes. « Le résultat est le même : ce sont les chefs d’établissements qui doivent en gérer les conséquences. En janvier 2025, notre enquête auprès de 30 % des collèges et lycées publics a montré que seul un tiers des établissements dispose d’une équipe d’enseignants au complet, et que dans 16 % des cas, il y a au moins un poste vacant depuis la rentrée. »

Il pointe également des pressions subies pour les RCD (remplacements de courte durée). « Ce dispositif RCD, au sens du ministère, consiste à boucher les trous. D’un côté, le ministère encense notre travail, de l’autre il nous traite comme de simples exécutants. »

Violence à l’école : « la réponse sécuritaire et alarmiste n’est pas appropriée »

Sur le sujet de la violence des élèves entre eux et contre les professeurs, il estime que les médias ont un effet de loupe. « Mais il y a quand même de vrais sujets. Nous constatons une dégradation du comportement d’un certain nombre de jeunes et de leurs parents. Cela dit, la réponse sécuritaire et alarmiste n’est pas appropriée. »

Avertissements, punitions et sanctions ne règlent pas tout

« Globalement, même dans les territoires a priori plus compliqués, Seine-Saint-Denis, Roubaix, ou le nord de Marseille, ce n’est pas là que sont les parents les plus compliqués à gérer, notamment parce qu’on ne les voit pas assez », ajoute-t-il.

Quant aux sondages selon lesquels les profs se sentent menacés et vont au travail la boule au ventre : « les enseignants rencontrent de plus en plus des difficultés vis-à-vis des parents d’élèves : contestation des notes ou de leurs décisions », déclare-t-il.

La dernière étude menée par le SNPDEN en 2023, qui compare la situation avec celle de 2013, montre une dégradation des relations entre l’école et les familles. « Pour les élèves, il y aurait, semble-t-il, une augmentation du nombre de conseils de discipline ces derniers temps. »

« Les outils usuels de type avertissement, punition, sanction, ne règlent pas tout mais continuent à fonctionner. Parfois, j’aimerais bien avoir les mêmes outils pour les parents et faire des conseils de discipline de parents d’élèves. »

Les élections professionnelles de décembre 2026

• Par vote électronique du 03 au 10/12/2026, les agents publics dont ceux de l’Éducation nationale désigneront leurs représentants aux comités sociaux, CAP (commissions administratives paritaires) et CCP (commissions consultatives paritaires).

• Les dernières élections professionnelles à l’Éducation nationale s’étaient tenues du 01 au 08/12/2022, avec 1,4 million d’électeurs concernés et 75,7 % de participation chez les personnels de direction.

• Avec 63,3 % des voix, le SNPDEN-Unsa détient six des huit sièges à la CAPN (Commission administrative paritaire nationale) des personnels de direction. Avec 19 % des voix, ID-FO dispose d’un siège comme le SGEN-CFDT avec 11,8 %. Le SNALC, 4 %, et la CGT, 1 %, n’ont obtenu aucun siège.

• Le SNPDEN a obtenu 61 des 67 sièges dans les commissions académiques. ID-FO a obtenu six sièges.