Vie des campus

Apprentissage : alors que l’État prévoit de diminuer ses aides, les jeunes plébiscitent un modèle efficace


Outil d’insertion et d’inclusion en forte croissance ces dernières années, l’apprentissage traverse une période de régulation et de remise à plat du système. Un projet de décret prévoit pour 2026 la baisse des aides aux entreprises pour l’embauche d’apprentis qui suivent des formations de niveau Bac + 3 ou Bac + 5. Une décision qui a fait réagir l’association 3E qui réunit plusieurs groupes d’enseignement supérieur privés, quelques jours après la parution d’un baromètre sur le rapport des jeunes à l’alternance, qui revient notamment sur les atouts du dispositif pour les étudiants, et plaide pour une stabilisation des dispositifs.

Un projet de décret prévoit en 2026 la baisse des aides aux entreprises pour l’embauche d’apprentis. - © D.R.
Un projet de décret prévoit en 2026 la baisse des aides aux entreprises pour l’embauche d’apprentis. - © D.R.

Selon cette enquête, menée auprès de 2 000 étudiants et jeunes actifs, l’alternance demeure pour les jeunes l’un des dispositifs les plus efficaces d’accès à l’emploi et d’égalité des chances. C’est le principal enseignement de ce baromètre, qui intervient dans un contexte de réinterrogation des aides publiques à l’apprentissage.

« Cette étude éclaire le débat en donnant la parole aux premiers concernés et rappelle que l’alternance dépasse largement le seul cadre pédagogique », souligne Antoine Prodo, président de l’association 3E.

« À l’heure des arbitrages entre maîtrise budgétaire et soutien à l’emploi des jeunes, ces résultats nous rappellent que l’apprentissage constitue un investissement social et économique majeur. Pour une génération en quête de sens, d’autonomie financière et d’employabilité durable, le modèle apparaît plus que jamais comme un pilier du système de formation. »

Accélérateur d’insertion et filet de sécurité

Premier constat : le dispositif constitue un accélérateur d’insertion professionnelle. Près de trois quarts des alternants déclarent avoir reçu une proposition d’embauche à l’issue de leurs études, soit 25 points de plus que les étudiants issus de parcours classiques. Ce différentiel se retrouve dans leur perception du marché du travail : trois quarts d’entre eux se disent confiants dans leur capacité à trouver rapidement un emploi correspondant à leurs attentes, contre à peine six sur dix chez les non-alternants.

Antoine Prodo est président de l’association 3E et directeur délégué de Galileo Global Education. - © Galileo Global Education
Antoine Prodo est président de l’association 3E et directeur délégué de Galileo Global Education. - © Galileo Global Education

La dimension financière apparaît également centrale. Pour 82 % des alternants, la rémunération perçue a été essentielle pour poursuivre leurs études. Par ailleurs, 58 % affirment qu’elle leur a permis d’accéder à une plus grande autonomie, et trois quarts indiquent que, sans ce revenu, ils se seraient retrouvés en difficulté économique.

« Quand trois quarts des alternants vous disent qu’ils n’auraient pas pu continuer leurs études sans cette rémunération, on ne parle plus d’un avantage : on parle d’une condition d’accès aux études supérieures  », réagit Antoine Prodo.

« Face à la hausse du coût de la vie étudiante, l’alternance n’est pas un confort, c’est un filet de sécurité. Ces données préexistaient, il faut désormais avoir le courage de les regarder en face : notre “ascenseur social” doit faire un passage par l’étage “égalité des chances”.  »

Compétences acquises

Au-delà de l’emploi et du pouvoir d’achat, le dispositif se distingue par les compétences acquises. 83 % des alternants déclarent maîtriser le fonctionnement de l’entreprise, contre 64 % des étudiants n’ayant pas suivi ce type de formation — soit près de 20 points d’écart.

Près de neuf alternants sur dix estiment avoir développé des compétences pratiques directement valorisables sur le marché du travail, et près de sept sur dix considèrent s’être constitué un réseau professionnel utile.

« Un ancrage fort de la maîtrise du fonctionnement de l’entreprise, 90 % de compétences directement opérationnelles : ces chiffres confirment que l’alternance n’est pas seulement un mode de formation, c’est un véritable contrat social — à la fois levier d’accès aux études, outil de sécurisation des parcours et passerelle vers l’emploi  », conclut Antoine Prodo.

Baisse des aides aux entreprises : une injonction contradictoire ?

Fort de ces résultats, le projet de décret du Gouvernement dévoilé le 14 février et prévoyant de baisser les montants de l’aide à l’embauche d’apprentis en 2026, apparaît pour l’association 3E comme « un signal dangereux ». La baisse concerne notamment les niveaux licence et master, qui passent de 5 000 à 2 000 € pour les entreprises de moins de 250 salariés, et de 2 000 à 750 € pour les entreprises de 250 salariés et plus.

Pour ces dernières, 3E rappelle qu’elles sont à la fois tenues d’atteindre un taux de 5 % de contrats favorisant l’insertion professionnelle, et soumises, depuis le 1er juillet 2025, à une participation obligatoire de 750 € par contrat pour les formations de niveau bac + 3 et au-delà, soit le montant de l’aide prévue dans le projet de décret.

Elle y voit « une injonction contradictoire », et demande un « dispositif transitoire dégressif sur deux ans pour les grandes entreprises, afin de ne pas briser les engagements déjà pris pour la rentrée 2026 et de garantir la cohérence avec les obligations légales de quotas d’alternants ».

Enfin, 3E pointe le manque de visibilité : « Depuis 2022, les montants de l’aide à l’apprentissage changent chaque année, toujours à la baisse, toujours par décret tardif, toujours après une période de vide juridique en début d’année. »

Elle demande la mise en place d’une trajectoire pluriannuelle de trois ans, « avec un calendrier de convergence des montants publié dès le premier semestre 2026, pour redonner aux entreprises la visibilité indispensable à la construction de leurs plans de formation ».