Entrepreneuriat étudiant : des Pépite pour accompagner les projets, mais surtout les personnes
Créé en 2014, le réseau des Pôles étudiants pour l’innovation, le transfert et l’entrepreneuriat (Pépite) accompagne les étudiants et jeunes diplômés qui souhaitent entreprendre. Ils sont de plus en plus nombreux à se projeter dans cette voie, mais certains freins restent difficiles à lever. Manque de temps ou de confiance, isolement… Dans le Centre-Val de Loire, Pépite s’adapte à ces contraintes pour proposer un accompagnement de proximité, pensé dans la durée, au plus près des besoins des étudiants. Témoignages croisés de la directrice du pôle et d’une ancienne étudiante-entrepreneuse.
« Pépite un jour, Pépite toujours ». Dans le Centre-Val de Loire, Angela Altes Mathieu, directrice du pôle régional, et ses équipes, ont une sorte de devise, un slogan non officiel qu’ils répètent volontiers aux étudiants. Ces mots lancés à la volée ne sont pas des paroles en l’air. Roxane Lihoreau, ancienne étudiante-entrepreneuse peut en témoigner : plus d’un an après avoir quitté le centre, la fondatrice du studio d’éco-design Erbeko trouve toujours conseil auprès de ses ex-tuteurs et reçoit des communications en lien avec son projet.
« Ce n’est pas quelque-chose de formalisé car nos équipes ne sont pas assez nombreuses, mais nous avons aussi pour objectif de mettre nos alumni en relation avec l’écosystème pour que cela continue à fonctionner », commente Angela Altes-Mathieu. L’accompagnement des jeunes ne s’arrête donc pas forcément une fois refermée la porte d’un Pôle étudiants pour l’innovation, le transfert et l’entrepreneuriat.
Il existe 32 de ces pôles, répartis sur tout le territoire. Ce réseau national a été lancé en 2014 par le MESR pour promouvoir l’esprit entrepreneurial et accompagner les projets des étudiants et jeunes diplômés. Il a depuis suivi et soutenu 46 000 titulaires du statut national d’étudiant-entrepreneur (SNEE), dont 6721 sur l’année 2024-2025, un chiffre en constante augmentation.
Mettre en pratique les compétences acquises
Parmi tous ces étudiants, certains se sont distingués à travers le Prix Pépite, créé pour eux par le réseau, en partenariat avec Bpifrance, afin de valoriser les meilleurs projets de création d’entreprise ou d’association. C’est le cas de Roxane Lihoreau. La jeune femme a évolué au sein du dispositif national entre 2020 et 2024 et a remporté, en 2025, le Prix Pépite national pour la région Centre-Val de Loire.
Elle parle de cette dernière étape comme d’un « très bel exercice » permettant notamment de mettre en pratique les compétences acquises au cours du programme d’étudiant-entrepreneur : « on doit soumettre un business plan et, même si l’on ne gagne pas, cela nous permet de prendre du recul sur notre projet ».
Le sien est déjà bien avancé. À l’issue d’un Master en design d’objet et d’espace réalisé à l’Esad d’Orléans, elle a d’abord intégré le programme « Pépite Starter » avec une idée née au cours de son mémoire : allier design et écoresponsabilité en fabriquant des objets à partir des tontes de pelouse, une ressource disponible et encore peu valorisée.
À la fin du programme, elle décide de poursuivre le développement de son projet en s’inscrivant au diplôme étudiant entrepreneur (D2E) de l’Université de Tours (qui porte administrativement Pépite Centre-Val de Loire, en coordination avec l’Université d’Orléans et l’Insa Centre-Val de Loire). Cela lui permet de bénéficier du SNEE et de continuer à être accompagnée par le pôle. Elle peut notamment assister à des ateliers collectifs et profite d’un suivi individuel par quatre tuteurs. L’entrepreneuse consacre alors environ 20 heures par semaine à son projet, en plus d’une activité salariée à temps plein.
Au plus près des étudiants
Comme Roxane, beaucoup d’étudiants et de jeunes diplômés doivent prendre un emploi. Pour les premiers (87,49 % des titulaires du SNEE), il faut alors concilier études, salariat et entrepreneuriat. Parfois, cela s’inscrit dans le cadre d’une formation en alternance (18,67 % des étudiants-entrepreneurs en 2025). Les contraintes liées à ce cumul peuvent alourdir les parcours.
« Le manque de temps est le premier frein à l’entrepreneuriat étudiant », constate Angela Altes-Mathieu. Pour y faire face, Pépite Centre-Val de Loire a fait le choix de la digitalisation. « Nous proposons de nombreux webinaires accessibles le midi ou le soir, et disponibles en replay sur notre chaîne YouTube », explique-t-elle.
Cette offre à distance ne saurait toutefois se suffire, car elle ne favorise pas le lien, un élément crucial dans l’accompagnement par Pépite. « Le manque de proximité est un frein », constate la directrice du pôle. « Nous voulons être au plus près des étudiants. C’est pourquoi nous sommes en train de développer des campus Pépite, avec des chargés de mission présent sur place autant que possible. Nous avons un objectif national de 100 campus sur deux ans pour territorialiser l’accompagnement et la sensibilisation », continue-t-elle.
« Casser les silos »
La proximité recherchée est aussi celle entre les jeunes. L’un des objectifs de l’accompagnement par Pépite est en effet de « casser les silos » en faisant travailler en équipe des étudiants entrepreneurs « parfois un peu isolés », expose Angela Altes-Mathieu.
« Quand on crée son entreprise, surtout quand on le fait jeune, peut-être encore plus quand on est une femme, on se sent un peu seul », confirme Roxane Lihoreau. La fondatrice d’Erbeko a été particulièrement marquée par les relations créées avec ses tuteurs, dont un banquier, aujourd’hui à la retraite qui lui a apporté des compétences « complémentaires ». « C’est vraiment plus qu’un réseau, assure-t-elle. Il y a un côté familial, rassurant ».
Comme beaucoup, l’entrepreneuse n’avait pas une idée très précise des compétences et des connaissances qui lui manquaient et n’avait jamais fait de « business plan ». Elle l’affirme aujourd’hui : sans Pépite, elle n’aurait pas « développé ».
Avec Pépite, cela n’est pas systématique non plus. Deux tiers des détenteurs du SNEE ne créent pas d’entreprise. Pour autant, leur passage dans le dispositif n’est pas infructueux. « Notre lecture de l’entrepreneuriat n’est pas trop restrictive, souligne Angela Altes-Mathieu. Nous partons du principe que les étudiants sont là pour acquérir des compétences qui nourriront leur CV et les aideront dans leur insertion professionnelle. Souvent, nous accompagnons davantage le porteur que le projet ».
Le développement des personnes est au cœur des valeurs portées par les Pépite. S’agissant des jeunes entrepreneurs, l’un des enjeux est de travailler sur la confiance et le sentiment de légitimité, souvent fragiles en début de parcours.
Des initiatives pour les femmes
Ce constat est particulièrement vrai pour les femmes. Au sein des Pépite, elles réussissent aussi bien que leurs camarades masculins. Mais elles sont bien moins nombreuses à les intégrer : 34,09 % en 2025 au niveau national. Lors des opérations de sensibilisation menées dans les établissements à la rentrée, filles et garçons sont tout autant touchés, constate Angela Altes-Mathieu. Le décrochage s’opère ensuite.
Que faire ? « Pendant longtemps, j’ai cru que plus on irait voir les étudiants et les étudiantes, plus on ouvrirait cette voie aux femmes. Cela ne fonctionne pas », déplore la directrice. L’entrepreneuriat étudiant se développe, les profils se diversifient, mais la part de femmes reste sensiblement la même. Alors le pôle multiplie les initiatives : ateliers de sensibilisation à l’assertivité, vidéos pédagogiques, participation au plan d’action régional de l’entrepreneuriat des femmes (Paref), information sur le sujet, mise en avant d’ambassadrices ou jeux-concours programmés tous les 8 du mois…
« Il faut continuer à se battre, martèle Angela Altes-Mathieu. Parce que, si avec tout cela les taux de féminisation ne progressent pas très vite (1 ou 2 % par an), nous ne sommes pas à l’abri d’une régression ».
Étudiants-entrepreneurs en France : une diversification des profils
En 2025, 340 jeunes chercheurs étaient inscrits au SNEE (soit 5 %) ;
1591 (soit 23,7 %) statuts ont été accordés avec une demande de D2E validée ;
12,51 % des titulaires du SNEE étaient diplômés et avaient fini leurs études.
Parmi les titulaires encore en études :
• Près de 50 % des profils étaient répartis entre les deux domaines d’activité prédominants : Sciences, technologie et santé (25,71 %) et Droit, économie et gestion (23,34 %). Venaient ensuite, notamment, le domaine des Sciences humaines et sociales (6,59 %) et celui des Arts, lettres et langues (5,85 %).
• 21,96 % étaient en Diplôme d’ingénieur, 21,37 % en Master, 11,86 % en Licence et 9,45 % en BUT.