Vie des campus

Cet établissement suisse a déjà fait sa rentrée : ses solutions pour faire face la crise sanitaire

Par Marine Dessaux | le | Stratégies

En Suisse, alors que la rentrée d’été a lieu dès juillet, le gouvernement a imposé une série de mesures sanitaires pour faire face à la crise, mais a également laissé une grande marge de liberté aux écoles. À l’école hôtelière César Ritz (Swiss Education Group), qui accueille des élèves des quatre coins du globe, nombre des restrictions ont été prises à l’initiative de la direction.

Le César Ritz Colleges où ont été confinés une partie des élèves pendant dix jours
Le César Ritz Colleges où ont été confinés une partie des élèves pendant dix jours

Tanja Florenthal directrice académique de l'école César Ritz
Tanja Florenthal directrice académique de l'école César Ritz - © Nuno Acácio

Comme l’ensemble des écoles du Swiss Education Group (SEG), le César Ritz Colleges a été proactif concernant la prévention de l’épidémie. Le CEO du groupe suisse, Yong Shen, voyant ce qui se passait en Chine, instaure rapidement des mesures sanitaires : « Dès la mi-février nous avons pris la température des élèves chaque jour et si elle était élevée, il y avait un suivi avec l’infirmière de l’école », se souvient Tanja Florenthal, directrice académique du César Ritz. « Si nous avions le moindre doute : l’élève était mis en quarantaine pendant dix jours ».

L’établissement a cependant été obligé de fermer, de mars à juin, confinement oblige, avant de pouvoir accueillir une nouvelle promotion le 6 juillet. Alors que certaines règles sont déjà imposées (quarantaine pour les entrants revenant de certains pays) ou le canton du Valais, l’école hôtelière prend des mesures plus strictes encore.

« La Suisse fait beaucoup confiance aux entreprises et aux écoles : de nombreuses règles viennent de nous comme l’obligation de porter des masques », dit Tanja Florenthal.

Un welcome package d’un nouveau genre

Dès l’arrivée, la couleur a été annoncée : les élèves, accueillis par Yong Shen, ont reçu un welcome package un peu particulier… composé d’un masque et de gel hydraulique (et de chocolat suisse, quand même !). Ils ont ensuite été accompagnés de l’aéroport à l’école en bus privé pour éviter les situations à risque avant d’être placés en quarantaine, pour ceux venant des pays à risque.

Pendant dix jours, les élèves sont restés dans leur chambre

« Pendant dix jours, les élèves concernés sont restés dans leur chambre d’où ils suivaient des cours digitaux. Nous leur apportions leurs repas et étions présents s’ils avaient des demandes particulières. Ils recevaient également un appel de l’infirmière tous les jours ».

Ces derniers ont en plus dû effectuer un test de dépistage et se sont vus obligés de finir leur quarantaine même s’il était négatif. « Les tests étaient également disponibles pour les personnels qui souhaitaient en faire ».

Port du masque obligatoire

L’école a rendu obligatoire le port du masque qui est distribué gratuitement et, toujours, la prise de température chaque matin à l’aide d’un thermomètre qui fournit ensuite un justificatif permettant d’accéder aux cours.

Autre mesure déterminée par l’établissement : les classes ont été réduites à 30 élèves et se tiennent désormais dans de grandes salles initialement prévues pour accueillir jusqu’à 100 personnes.

« La première rangée de chaises devant le professeur est laissée vide », précise Tanja Florenthal. « De plus, tous les cours sont filmés et retransmis en ligne de façon à ce que si un élève ne se sent pas bien, il puisse suivre depuis sa chambre ».

Les règles de distanciation sont appliquées partout : de la bibliothèque aux salles de classe en passant par le cinéma, une chaise sur deux a été retirée. Enfin, la discothèque et la gym sont fermées. « Toutes ces mesures permettent de rassurer les parents qui sont à l’autre bout du monde », souligne la directrice académique.

Même en cours d’œnologie, le masque est préconisé
Même en cours d’œnologie, le masque est préconisé - ©César Ritz Colleges

S’adapter constamment

« Forcément, on en apprend tous les jours sur la façon de réagir face au virus. Nous devons nous adapter constamment », raconte Tanja Florenthal.

« Nous avons eu la visite du département de la santé, qui s’est dit très satisfait des mesures prises, et depuis nous sommes en contact avec presque toutes les semaines. Nous surveillons notamment les ordonnances sur les différents masques ».

L’école improvise et essaie de faire respecter les règles de sécurité sanitaire dans la limite de son champ d’action : « Les élèves étant susceptibles de se déplacer le week-end, nous leur avons envoyé un mail avec la liste des pays à risque, en leur déconseillant d’y aller. S’ils décident de s’y rendre, ils seront placés à en quarantaine à leur retour. Bien sûr, ils restent libres de leurs déplacements, mais ils savent à quoi s’en tenir ».

Une règle qui implique une organisation complexe avec un enseignement capable d’être à tout moment suivi en distanciel.

Un milieu de l’hôtellerie particulièrement marqué

Nous plaçons habituellement 100 % de nos élèves (…) avec le contexte actuel, nous pouvons difficilement satisfaire cet objectif

Alors que la crise sanitaire touche durement le secteur hôtelier et la restauration, 2020 n’est pas l’année idéale pour rentrer sur le marché du travail, et cela même en passant par l’une des écoles les plus prestigieuses.

« Nous plaçons habituellement 100 % de nos élèves dès la fin de leurs études, c’est un peu notre garantie. Avec le contexte actuel, nous pouvons difficilement satisfaire cet objectif. Alors nous essayons d’apprendre aux élèves ce qu’ils peuvent faire d’autre, à être créatif même en temps de crise », affirme Tanja Florenthal.

Les deux stages annuels aussi sont menacés. « La plupart des élèves optent pour faire leur stage en fin de cursus, en espérant que la situation s’améliore », précise la directrice académique. Cette année, les élèves n’ayant pas pu faire de stage ont compensé par du volontariat.

La Covid dans les cours

Puisque le sujet concerne particulièrement les futurs managers hôteliers, la crise sanitaire et son management sont abordés en classe : « On en parle beaucoup », confirme Tanja Florenthal.

« Nous avons un cours qui s’appelle ‘risques et crises’, normalement plutôt axé sur les réactions à avoir cas de catastrophe naturelle qui est désormais centré sur la pandémie. Ce qui est intéressant c’est que l’enseignant apprend en même temps que les élèves, qui apportent beaucoup au cours en expliquant comment ça se passe chez eux et en appelant les hôtels locaux pour connaître les initiatives ».

Et en cas de deuxième vague ?

La reprise d’une circulation importante du virus ou l’apparition d’une nouvelle souche n’étant pas exclues, César Ritz Colleges doit envisager la possibilité d’un second confinement.

La formation de l’école repose cependant en partie sur un enseignement pratique, qui est primordial et ne peut être transposé au distanciel :

« Si l’école doit fermer à nouveau, l’enseignement théorique habituellement réparti sur deux semestres sera condensé en un et dispensé en ligne. Quand les élèves reviendront, ils se consacreront à la pratique ».

Deux sondages proposés aux élèves confirment également une volonté de leur part d’être formés sur place. En effet, ils expriment pour la plupart leur volonté de ne pas continuer la formation en digital pour la totalité de leurs trois années de cursus.

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