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Les premiers pas de Sylvie Retailleau, la nouvelle ministre de l’ESR

Par Marine Dessaux, Enora Abry | le | Stratégies

Sylvie Retailleau, ancienne présidente de l’Université Paris-Saclay, est la nouvelle ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, nommée le 20 mai 2022 lors de la composition du nouveau gouvernement d’Elisabeth Borne. Elle succède à Frédérique Vidal. Retrouvez son parcours, sa prise de fonctions et les premières réactions du sup'.

La passation des pouvoirs entre F. Vidal et S. Retailleau a eu lieu le 20 mai 2022. - © Enora Abry
La passation des pouvoirs entre F. Vidal et S. Retailleau a eu lieu le 20 mai 2022. - © Enora Abry

Pour la première fois de sa carrière, elle quitte l’université… pour rejoindre le premier gouvernement Borne ! Sylvie Retailleau est nommée ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR), a annoncé Alexis Kohler, secrétaire de l’Élysée, vendredi 20 mai. Un ministère que ne comporte plus l’intitulé « innovation » mais que la nouvelle ministre n’a pas oublié de citer lors de la passation de pouvoir avec Frédérique Vidal.

C’est donc une présidente d’université qui en remplace une autre, au ministère. En effet, celle qui était à la tête l’Université Paris-Saclay depuis 2019 est un pur produit de l’ESR où elle a fait toute sa carrière. Son nom avait déjà été évoqué lors de l'élection d’Emmanuel Macron en 2017, mais elle était à l'époque en pleine construction de Paris-Saclay. Les cinq années écoulées n’ont fait que renforcer sa visibilité.

Un parcours jalonné de responsabilités au sein d’un même établissement

Agrégée de physique appliquée et titulaire d’un doctorat en sciences obtenu en 1989 à l’Université Paris-Sud, Sylvie Retailleau occupe divers postes à responsabilité au sein de ce même établissement au fil de sa carrière.

Sylvie Retailleau est une ministre issue de la société civile - © Université Paris-Saclay
Sylvie Retailleau est une ministre issue de la société civile - © Université Paris-Saclay

De 2001 à 2008, elle est responsable du master Information, système et technologie. Puis devient vice-doyenne et directrice des formations de l’Unité de formation recherche (UFR) de sciences jusqu’en 2011, avant d’endosser le rôle de doyenne de la faculté des sciences entre 2011 et 2016.

Elle prend la tête de l’université à partir de mai 2016 qui deviendra en 2019 l'Université Paris-Saclay, une Comue, d’abord, et, finalement, un établissement public expérimental (EPE) en 2020.

En outre, elle est présidente de la commission recherche et innovation de France Universités depuis janvier 2021.

Une nomination saluée par la communauté de l’ESR

« La nomination de Sylvie Retailleau a une connotation forte d’excellence de la recherche. C’est une ministre qui connait nos problématiques et qui a mené de grands projets extrêmement structurants », déclare Michel Deneken, président d’Udice, association regroupant les universités de recherche intensives françaises.

Pour la Conférence des grandes écoles, la nomination de Sylvie Retailleau est un bon signe. C’est ce qu’affirme Laurent Champaney, son président : « Elle est très appréciée et a beaucoup d’expérience. Elle représente aujourd’hui un modèle intéressant de site avec un établissement public expérimental où les écoles trouvent toute leur place. » 

Une ministre qui incarne donc l’excellence, alors qu’elle présidait un EPE, sorte de « super université » rassemblant plusieurs établissements pour en faire un pôle d’envergure capable de peser dans les classements internationaux, notamment celui de Shanghai. Un point fort pour certains, un modèle qui créé le déséquilibre avec des universités qui pâtissent d’un manque de visibilité et de moyens selon d’autres.

De Vidal à Retailleau, un enchainement sans fausse note

Envie de vous faufiler dans les coulisses de la passation ? Campus Matin était sur place. Ainsi, le 20 mai toujours, à 18 h 15, plusieurs dizaines de personnes pénètrent dans la cour fleurie du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. Là où ceux qui ont assisté à la passation entre Jean Michel Blanquer et Pap Ndiaye ont eu le droit à une chorale, au 21 rue Descartes à Paris, les invités attendent en silence face au pupitre.

Frédérique Vidal dresse le bilan de son quinquennat pendant son discours - © Enora Abry
Frédérique Vidal dresse le bilan de son quinquennat pendant son discours - © Enora Abry

À 18h40, Frédérique Vidal sort du ministère pour venir à la rencontre de Sylvie Retailleau. Les deux femmes se prennent dans les bras avant de s’entretenir à l’intérieur du bâtiment. Quand elles ressortent, Frédérique Vidal se met face aux micros.

Pendant une dizaine de minutes, elle dresse avec émotion le bilan de son quinquennat. «  Il a cinq ans, je me tenais là, un peu anxieuse, et je m’apprêtais à prendre les rênes de ce ministère. C'était un immense honneur, et ce sentiment n’a fait que s’approfondir au fil des années  », raconte-t-elle.

Face à Sylvie Retailleau, elle énumère les défis et les décisions qu’elle a prises ou accompagnées : la loi relative à l’orientation et la vie étudiante (ORE), la loi de programmation pour la recherche… 

« J’ai donc pleinement conscience, Sylvie, que je te cède des acquis et des défis, mais je sais que tu pourras compter sur une grande administration centrale, avec un personnel loyal et engagé », conclut-elle. 

À 19h20, les deux femmes échangent avant de rejoindre les invités - © Enora ABRY
À 19h20, les deux femmes échangent avant de rejoindre les invités - © Enora ABRY

Puis à 19h10, c’est au tour de Sylvie Retailleau de monter sur l’estrade. Elle salue la longévité de la ministre et les temps forts de son quinquennat en disant vouloir « instruire cette dynamique dans [sa] feuille de route ». Et conclut : « Je veux vous assurer de mon engagement entier et de ma conviction en ce qui concerne le rôle fort que doit jouer l’ESR dans lutte contre le climat et dans la transition écologique, ce qui sera une priorité claire. »  

Et maintenant ?

La vie étudiante et l’amélioration des conditions de vie ; l’attractivité des métiers de l’ESR ; l’articulation des politiques de recherche des organismes nationaux et des universités « en prolongeant les collaborations public-privé à l'échelle européenne ».Telles sont les mesures « urgentes et prioritaires » dressées par Sylvie Retailleau

Au-delà de ces sujets, les envies de réformes d’envergure se font déjà entendre. Alors, bientôt une phase 2 de la Loi de programmation de la recherche (LPR) menée par Frédérique Vidal ou l’ouverture d’un nouveau chapitre, avec une loi de programmation pour l’enseignement supérieur ? Sur ce deuxième sujet, l’attente est « assez unanime », selon Franck Loureiro, secrétaire général adjoint du Sgen-CFDT.

Mais, d’abord, avancer un pas après l’autre : Sylvie Retailleau a assisté à son premier conseil des ministres lundi 23 mai et vient de nommer son directeur de cabinet Olivier Ginez, qui est l’ancien directeur adjoint du cabinet de Frédérique Vidal, passé également par Matignon.

Pap Ndiaye, un historien ministre de l'éducation nationale

S’il est une nomination qui crée la surprise, c’est celle de Pap Ndiaye, historien spécialiste des minorités, au ministère de l’éducation nationale et de la jeunesse. Il succède à Jean-Michel Blanquer, en poste depuis mai 2017, avec qui il est « en rupture » sur plusieurs sujets, estime le syndicat national des enseignements de second degré (Snes-FSU).

Pap Ndiaye est le frère de la romancière Marie NDiaye - © LinkedIn
Pap Ndiaye est le frère de la romancière Marie NDiaye - © LinkedIn

Cet agrégé d’histoire de l’ENS de Saint-Cloud obtient son doctorat en histoire en 1996 à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Il débute sa carrière comme maître de conférences à l’EHESS de 1998 à 2012 avant d’enseigner à Science Po Paris. Depuis mars 2021, Pap Ndiaye est directeur général du Musée de l’histoire de l’immigration.

« Pap Ndiaye, par son parcours, connait très bien le système éducatif et universitaire. (…) Il a un regard très ouvert sur le fait que l’on soit une société multiculturelle et qu’il faut donner à tous les jeunes de ce pays des opportunités de réussite », indique Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du syndicat Sgen-CFDT à News Tank [abonnés].

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