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Et si le sport et la culture entraient dans le temps de travail ? L’expérience de l’Université de Lille


Faire un karaoké ou du futsal sur son temps de travail ? C’est ce que propose l’Université de Lille à ses personnels. Depuis la rentrée, chaque agent peut bénéficier d’une heure de pratique culturelle ou sportive hebdomadaire, organisée par l’établissement. Au premier semestre, le dispositif rencontre un réel succès, avec un nombre d’inscriptions au sport multiplié par deux et la création de nombreux ateliers.

Et si le sport et la culture entraient dans le temps de travail ? L’expérience de l’Université de Lille
Et si le sport et la culture entraient dans le temps de travail ? L’expérience de l’Université de Lille

Musculation, théâtre, musique… Depuis septembre, les personnels de l’université de Lille peuvent consacrer chaque semaine une heure de leur temps de travail à la pratique d’une activité sportive ou culturelle proposée par l’établissement.

Ce dispositif fait partie des mesures adoptées dans le cadre de la Conférence sociale, un travail d’analyse et de réflexion autour de la gestion des ressources humaines et de l’action sociale lancé au printemps 2023 par l’établissement avec les syndicats.

Un temps de respiration hebdomadaire

Anne-Valérie Chiris Fabre, DGS - © Université de Lille
Anne-Valérie Chiris Fabre, DGS - © Université de Lille

Ses objectifs sont multiples. « Le Président a souhaité créer ce cadre afin de mieux faire connaître la diversité de l’offre culturelle et sportive que nos collègues peuvent offrir », commence Anne-Valérie Chiris Fabre, Directrice générale des services (DGS) de l’Université de Lille. Il s’agissait aussi, explique-t-elle, d’en faciliter l’accès en proposant des activités sur des plages horaires différentes, notamment le midi et le soir.

« Ce temps de respiration hebdomadaire vise à améliorer la qualité de vie au travail », précise Gaël Monfrier, Directeur général des services adjoint (DGSA). « Concernant la pratique sportive, le lien avec l’amélioration de la santé est évident », ajoute-t-il.

Le sujet fait partie des préoccupations de l’université. Il n’existe pas de données précises sur la santé des personnels, mais le « bilan sport-santé » réalisé sur les étudiants chaque année depuis septembre 2024, montre qu’un nombre important d’entre eux sont en mauvaise condition physique. Il sert de base au développement d’une politique axée sur la relation entre sport et santé, destinée aussi bien aux étudiants qu’aux agents.

L’offre sportive pour les personnels (comme d’ailleurs l’offre culturelle) préexistait déjà au dispositif « heure sport », mais celui-ci se veut davantage incitatif. « L’idée c’est vraiment de faciliter la pratique sportive des personnels », explique le DGSA. Il constitue en quelque-sorte, le pendant des campagnes de prévention menées par le service santé au travail.

Des bénéfices pour le collectif

Au-delà des bienfaits individuels espérés, Anne-Valérie Chiris Fabre pointe les bénéfices attendus pour le collectif : « Cela peut renforcer le sentiment d’appartenance à l’établissement et la fierté que nous avons à y travailler », avance-t-elle. En occasionnant des rencontres plus régulières entre les membres de différents services, dans un contexte plaisant, le dispositif favoriserait les échanges et permettrait « de mieux se connaître les uns et les autres ». Il vient à cet égard s’ajouter à des rendez-vous déjà bien ancrés comme la journée du personnel.

La DGS y voit également un « outil managérial » pour les managers désireux de renforcer la cohésion au sein de leur équipe et d’y fluidifier la communication. La sienne a repéré quelques ateliers auxquels participer, mais elle ne s’est pas encore lancée. Au deuxième semestre peut-être… Le DGSA, lui, n’a pas trouvé le temps pour une activité personnelle au cours de cette première période de l’année « toujours particulièrement chargée ».

Pour les Biatss aussi, « il faut que l’heure d’activité soit compatible avec le planning de la semaine », précise Anne-Valérie Chiris Fabre. Elle est donc soumise à la validation du supérieur direct. Pour « faciliter les choses », les inscriptions, et la demande d’autorisation, peuvent se faire en ligne.

Gaël Monfrier, DGSA - © Université de Lille
Gaël Monfrier, DGSA - © Université de Lille

Aux agents ensuite de s’organiser. Ils tendent à programmer leur activité de manière à tenir compte du temps passé dans les transports ou le vestiaire. « Les personnels cumulent souvent cette heure avec leur pause méridienne », remarque Gaël Monfrier. Les créneaux ouverts dans le cadre du dispositif rencontrent, à cet égard, un franc succès. Concernant la pratique sportive, le nombre d’inscrits au premier semestre atteint presque le millier, soit deux fois plus que l’année précédente. Pour ce qui est de la culture, l’offre, enrichie de 20 ateliers (environ 500 heures) a attiré près de 200 personnes.

« Il faut que cela rentre petit à petit dans les mentalités », commente Anne-Valérie Chiris Fabre, ajoutant que, certains agents, familiers de l’offre culturelle préexistante, ont sans doute conservé leurs habitudes. Les événements organisés dans la programmation classique n’ont, en tout cas, pas vu leur fréquentation baisser.

Des axes de progrès

À l’avenir, l’université souhaite enrichir encore son panel d’activités et développer l’offre accessible sur certains sites moins bien pourvus du territoire. « Nous avons des collègues intéressés par le dispositif qui n’ont pas de proposition à proximité, constate Gaël Monfrier. Cela fait partie des axes de progrès identifiés ».

Un questionnaire qualitatif sera envoyé aux personnels à la fin de l’année pour mieux cerner leurs attentes. Il permettra peut-être de comprendre pourquoi certains agents inscrits à une activité sportive ne s’y présentent pas toujours ou les raisons pour lesquelles les enseignants-chercheurs se saisissent moins de leur heure que les personnels Biatss.

En attendant, DGS et DGSA imaginent déjà de nouvelles collaborations avec les partenaires régionaux ou l’ouverture d’activités culturelles « en mixité » avec les étudiants. Ce « mélange » existe déjà pour certaines pratiques sportives et « plaît à tout le monde », selon Gaël Monfrier. « Cela fait sauter les barrières ».