Personnels de l’ESR : les cinq mesures à retenir des vœux 2026 du ministre Philippe Baptiste
Le 21 janvier, Philippe Baptiste, ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace, adressait ses vœux à la communauté de l’ESR, réunie au musée du quai Branly - Jacques Chirac à Paris. L’occasion de dresser un tour d’horizon des chantiers en cours, de revenir sur ses grands axes pour 2026, et de faire quelques annonces. Voici cinq mesures à retenir qui devraient avoir un impact sur la vie des personnels de l’ESR.
1. La protection sociale complémentaire des personnels de l’ESR intégralement compensée aux établissements pour 2026
Dans un contexte budgétaire qu’il qualifie lui-même de très contraint, le ministre a annoncé la compensation intégrale de la protection sociale complémentaire aux établissements du supérieur dans leur dotation 2026. Cette mesure doit entrer en vigueur le 1er mai 2026, conformément à un accord signé avec les organisations syndicales en 2024.
Or, jusqu’à cette annonce du ministre, le financement par l’État de la part employeur de ce système de complémentaire santé n’était pas acquis, au grand dam des universités qui en avaient fait un casus belli ces derniers mois - France Universités qui réunit les présidents appelant au respect du principe de « décideur payeur », et plusieurs universités menaçant de ne pas appliquer la mesure. C’est donc une nouvelle qui vient soulager les finances des établissements, et pourrait les inciter à soutenir davantage la mise en place de cette mesure auprès de leurs personnels.
Moins de certitudes en revanche concernant la compensation de la hausse de la participation des employeurs au CAS Pensions, le système des retraites des agents publics. Alors que cette part augmente de 4 points en 2026, le ministre a seulement indiqué avoir « confiance » dans la capacité du gouvernement à « trouver les moyens pour porter une progression significative de la compensation du CAS Pensions ». Pas de chiffre annoncé à ce stade.
En 2025, alors que ce taux avait déjà été relevé de 4 points, le même Philippe Baptiste, tout juste nommé ministre, avait réussi à obtenir de Bercy sa compensation totale.
2. Allègement des charges administratives et nomination d’un délégué ministériel à la simplification
Frais de mission, gestion du quotidien : le ministre est revenu sur le poids des contraintes administratives qui pèsent sur les personnels dans les laboratoires. Alors qu’un chantier autour de la simplification de la vie quotidienne des chercheurs avait été lancé par le président de la République, Emmanuel Macron, en décembre 2023, le ministre actuel admet que les progrès restent minces.
« Depuis un an, j’écoute et j’entends les attentes et les frustrations à ce sujet. C’est un constat souvent partagé, mais rien n’est aussi compliqué que de simplifier », dit-il, même s’il salue les premières avancées engagées par l’ANR, avec un allègement massif des justificatifs de dépenses, une logique du “dites-le nous une fois ».
Pour aller plus vite, Philippe Baptiste annonce donc la nomination prochaine d’un délégué ministériel en charge de la simplification, sans donner de nom à ce stade. L’objectif de cette mission est clair : réduire des règles jugées « parfois redondantes, parfois contre-productives », et s’attaquer à la délégation générale de gestion pour sortir d’un système qui pèse sur le travail quotidien dans les laboratoires et les établissements.
3. Ouverture prochaine de l’agenda social
Le ministre reconnaît l’« attente légitime » des personnels et de leurs représentants quant à l’ouverture de l’agenda social. Il explique que l’absence d’arbitrages budgétaires définitifs fin 2025 n’a pas permis d’engager plus tôt les échanges avec les organisations syndicales.
Il s’engage toutefois : « dès que le vote du budget sera effectif, je les rencontrerai pour travailler avec eux sur cette base ». Cette ouverture de l’agenda social est présentée comme une étape nécessaire pour aborder les sujets prioritaires concernant les conditions de travail, les carrières et l’organisation du système.
Il souhaite aussi faire aboutir la revoyure de la Loi de programmation de la recherche (LPR) dont il a initié le chantier en 2025. « Il y a un intérêt réel, notamment au Sénat. […] Je me tiens à la disposition des parlementaires pour la prochaine étape de cette revoyure qui me semble être indispensable. »
4. Réflexion à lancer sur les ingérences et les libertés académiques
Face à la multiplication des pressions et des tentatives d’ingérence, le ministre affirme vouloir être « intraitable dans la défense des libertés académiques ». Il cite explicitement les « ingérences étrangères, les procédures bâillons contre des chercheurs, les pressions économiques ou encore les controverses médiatiques absurdes » susceptibles d’entraver le travail scientifique.
Alors que plusieurs propositions de loi relatives à ce sujet ont été déposées au Sénat, le ministre annonce qu’il « suivra avec attention les travaux législatifs » à venir et soutiendra « toute mesure qui permettra une meilleure protection des libertés académiques ».
Il rappelle également le renforcement du programme Pause, avec « une augmentation de deux millions d’euros » en 2025 pour soutenir les chercheurs en danger, et affirme vouloir poursuivre cet engagement dans un contexte international jugé de plus en plus hostile.
5. Prise en compte des personnels Crous dans la généralisation du repas à 1 €
Le ministre est revenu sur la généralisation du repas à 1 € pour tous les étudiants, une mesure annoncée par Matignon mi-janvier dans le cadre de l’accord de non-censure avec les socialistes pour le vote du budget 2026. Une mesure à laquelle s’était opposé Philippe Baptiste lors de son passage à l’Assemblée nationale sous la forme d’une proposition de loi, et qu’il doit maintenant se charger de faire appliquer…
Lors de ses vœux, le ministre a souligné explicitement l’impact de cette mesure sur les personnels des Crous qui assurent chaque année « 43 millions de repas à des prix abordables ». La mise en œuvre de cette mesure constitue selon lui « un nouveau défi dans le défi qui existe déjà aujourd’hui ».
Il tient ainsi à remercier « ceux qui la porteront sur le terrain », saluant le travail des agents des Crous et le rôle du Cnous. Reste à voir comment l’État accompagnera les Crous financièrement et humainement pour la mise en œuvre de cette mesure.