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Hausse des primes : ce qui attend les personnels du supérieur et de la recherche

Par Théo Haberbusch | le | Personnels et statuts

Personnels du supérieur et de la recherche, surveillez votre fiche de paie ! Votre rémunération s’annonce à la hausse à partir de 2021. Ce sont les primes qui vont progresser, pour rapprocher le secteur universitaire du reste de la fonction publique. Un choix qui ne va pas sans débats avec les syndicats, hostiles au principe. D’autant plus que ces hausses sont financées par la future loi de programmation pour la recherche (LPPR).

Campus Matin revient sur les perspectives par filière et par statut pour 2021… et pour après.

La PRES progressera pour les professeurs et maîtres de conférences
La PRES progressera pour les professeurs et maîtres de conférences

Des primes à la hausse en 2021

C’est en janvier 2020 que la ministre Frédérique Vidal avait annoncé 92 M€ de revalorisation indemnitaire (c’est-à-dire une hausse des primes). Mais la ventilation de ce montant et ses conséquences selon les statuts n’ont été dévoilées que le 15 juillet, lors d’une réunion de l’administration avec les syndicats.

Un chantier intimement lié à la future loi pluriannuelle de programmation pour la recherche, dont le texte sera présenté en conseil des ministres ce mercredi 22 juillet, et qui doit s'étaler de 2021 à 2027.

Globalement, 644 millions d’euros sont prévus entre 2021 et 2027, soit, en cumulé 2,572 milliards d’euros de primes supplémentaires qui seront attribuées en sept ans.

Ce qui attend les enseignants-chercheurs et chercheurs 

  • Enseignants-chercheurs : la prime de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) passera en 2021 de 1260 € à plus de 1750 € pour les professeurs d’université et à plus de 2300 € pour les maîtres de conférences, soit un effort budgétaire de +45,3 M€ de revalorisation de la rémunération des E-C. 
  • Enseignants agrégés et certifiés du secondaire affectés dans le supérieur (Esas) : la prime de recherche et d’enseignement supérieur sera augmentée de 2000 € sur la durée de la loi de programmation pour la recherche (2021-2027) et progressera de façon linéaire de 286 € par an pour tous les corps et grades.
  • Chercheurs : la prime de recherche passera de 977 € à plus de 1600 € pour les directeurs de recherche (DR) et à plus de 2200 € pour les chargés de recherche.

À noter. Le ministère veut aligner complètement en 2022 la prime de recherche et PRES (prime de recherche et d’enseignement supérieur des enseignants-chercheurs).

Ce qui est prévu pour les autres filières

Seuls des montants d’enveloppe ont été avancés pour 2021 pour les autres filières : 

  • Bibliothèques : 316 000 €  en 2021 pour les personnels de catégorie B et C et 2,2 M€ d’augmentation au total d’ici à 2027. Ce sont précisément 4 237 bénéficiaires qui seront concernés. 
  • ITRF : une enveloppe de + 1,77 M€ concentrée sur les catégories C et 800 000 euros sur le volet expertise/technicité. Au total, ils seront 39 129 a en bénéficier. 
  • ITA (ingénieurs et personnels techniques de la recherche) : ils sont 24 631 personnels ITA et peuvent compter sur + 7,5 millions d’euros et plus de 0,8 M€ sur le volet expertise/technicité. 

À noter. Pour les contractuels, 7,25 millions d’euros sont prévus pour leur revalorisation.

Et en 2027 ?

Au terme de la LPPR, les montants suivants de primes sont prévus : 

• pour les chercheurs : 9 579 € contre 2 464 € en 2019, soit +7 115 € (+289 %) ;
• pour les enseignants-chercheurs  : 9587 € contre 3092 € en 2019, soit +6495 € (+ 210 %) ;
• pour les ITA : 7 643 € contre 5 513 € en 2019, soit + 2129 € ( +39 %) ;
• pour les ITRF : 5568 € contre 5252 € en 2019, soit + 316 € (+ 6 %) ;
• pour les Esas  : 4293 € contre 1773 € en 2019, soit + 2520 € (+ 142 %) ;
• et pour les bibliothécaires : 5803 € contre 5280 € en 2019, soit + 523 € (+10 %).

Pourquoi cette hausse des primes ? 

La LPPR est un inépuisable sujet de conflit depuis plusieurs mois au sein des universités et organismes de recherche. Pourtant, le diagnostic de départ est partagé : les carrières dans le secteur souffrent de rémunérations beaucoup trop faibles. Un décrochage pointé dès l’automne dernier par le groupe de travail chargé de réfléchir aux carrières et reconnu par l'État, notamment dans le rapport annexe qui présente le contexte et les objectifs de la LPPR. 

En France, un jeune chercheur titulaire justifiant de sept ans d’expérience professionnelle bénéficie, au moment de son recrutement, d’une rémunération mensuelle brute de l’ordre de 2 200 €.

« Le constat unanime a été dressé d’un niveau anormalement bas - “indécent“ sinon “indigne“ - des rémunérations versées en début de carrière à des personnes d’un âge moyen de 34 ans, ayant réussi un concours très sélectif au terme de plusieurs années de post doctorat », peut-on notamment lire dans le rapport du groupe de travail dédié aux carrières. 

Les plus faibles primes de la fonction publique

Ce qui explique cette « paupérisation » du supérieur par rapport aux autres fonctionnaires en France, c’est la faiblesse des primes, les plus faibles de la fonction publique.

« Le taux moyen de primes des chercheurs et enseignants-chercheurs - incluant les heures complémentaires et supplémentaires - s’élève à 12,9 % du traitement indiciaire, alors qu’il correspond à 27,1 % du traitement indiciaire pour l’ensemble des corps de catégorie A, et à 60 % pour les corps de juridiction, de contrôle et d’expertise », selon le rapport préparatoire à la LPPR.

Ainsi, en 2016, le salaire moyen versé à des enseignants-chercheurs et chercheurs âgés en moyenne de 47,9 ans, s’élevait ainsi à 3 699 € alors que celui des membres de corps de juridiction, de contrôle et d’expertise âgés en moyenne de 48,9 ans, était de 5 841 €.

Le débat continue

Mais si le constat est unanime (des rémunérations trop faibles), le remède (des primes), ne l’est pas. Ainsi, après l’annonce des montants de primes pour 2021, des syndicats restent critiques.

Le SNPTES, continue de contester le choix de la revalorisation indemnitaire et aurait préféré que le traitement indiciaire (le salaire) soit privilégié. 

Plus compréhensif, le syndicat Sup’Recherche Unsa, qui s’est exprimé en faveur de la LPPR, estime que le ministère n’avait pas le choix, l’augmentation du point d’indice n'étant pas à l’ordre du jour au ministère des finances. 

Le sénateur Pierre Ouzoulias (Parti communiste), n’y allait pas par quatre chemins, dans un entretien récent à Libération. Le fait que les syndicats aient défendu « pendant des années le niveau de recrutement au détriment de la rémunération » est une « erreur politique », lâchait celui qui est également chercheurs au CNRS et en général très critique avec la politique actuelle du gouvernement. 

Ce à quoi Antoine Petit, président du principal organisme de recherche français, acquiesçait dans le même entretien :

« Comme nos syndicats étaient contre les primes individuelles, ils n’ont jamais négocié leur montant… »

Ce sont peut-être les fiches de paie du 31 janvier 2021, qui mettront les uns et les autres d’accord. Et en attendant cette échéance, les syndicats insistent pour que d’autres sujets soient ouverts, comme la rémunération et la titularisation  des contractuels de l’enseignement supérieur. 

Calcul des primes : les critiques du SNPTES

Le SNPTES conteste le calcul des revalorisations basé sur les moyennes perçues par l’ensemble des personnels. « En effet, les grandes différences des montants de prime qui existent au sein même de chaque corps doivent être prises en compte afin de permettre une convergence effective des taux de primes réels », explique-t-il.

En prenant en compte dans le taux de prime, l’ensemble des rémunérations accessoires (par exemple des vacations, heures complémentaires, prime informatique, indemnité de responsabilité, jury, CET, etc.), le ministère « se base sur une image déformée de la réalité ».

Selon le syndicat, pour comparer les taux de primes des personnels de l’ESR, il faudrait retenir uniquement les indemnités perçues par l’ensemble des agents d’un corps, quelle que soit la fonction occupée.

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