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Le bilan de la rentrée 2021 par les professionnels du sup'

Par Marine Dessaux | le | Personnels et statuts

Un retour au présentiel, mais une vie de campus toujours impactée par la crise sanitaire ; retrouver ses locaux et ses collègues, mais rester prêt pour tout changement de situation… Cette rentrée 2021 se montre singulière pour les acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche. Nous avons collecté leurs témoignages.

Nos six interlocuteurs ayant participé à « Une journée avec » reviennent sur leurs enjeux de rentrée - © EDC
Nos six interlocuteurs ayant participé à « Une journée avec » reviennent sur leurs enjeux de rentrée - © EDC

Alors que Campus Matin et News Tank Éducation & Recherche se sont rendus auprès des professionnels de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) pour réaliser une série d’articles sur leur quotidien, les interrogations se sont également portées sur les objectifs et enjeux à venir. Ainsi que leur vécu d’une rentrée particulière, au sortir de la crise sanitaire. Tour d’horizon.

Une rentrée presque « normale »

Contrairement à la rentrée 2020 qui a rapidement vu les établissements d’enseignement supérieur basculer (de nouveau) en tout distanciel, la rentrée universitaire 2021 devait rimer avec normalité. C’est du moins ce qu’avait promis la ministre de l’enseignement supérieur Frédérique Vidal.

Cécile Aziza a d’abord été chargée de mission partenariats à l’Université de Bordeaux.s - © Romain Ledroit
Cécile Aziza a d’abord été chargée de mission partenariats à l’Université de Bordeaux.s - © Romain Ledroit

Et, en effet, la vie de campus reprend son cours. Ce retour au présentiel concerne aussi bien étudiants que personnels.

« La rentrée est différente par rapport à l’année dernière. Pour nous, personnels administratifs, il y a une reprise quasiment normale. Nous reprenons les réunions physiques, alors que nous étions beaucoup en distanciel avec les différents confinements. Un peu comme les étudiants qui retrouvent leurs amphis, je suis contente de retrouver mes salles de réunions »,  indique Cécile Aziza, directrice de la direction des affaires publiques et des territoires de l’Université de Bordeaux.

Les séquelles de la crise toujours présentes

Paul Mayaux est président de la Fage. - © D.R.
Paul Mayaux est président de la Fage. - © D.R.

Néanmoins, pour les étudiants et plus particulièrement leurs syndicats, le constat n’est pas complètement positif, comme en témoigne Paul Mayaux, réélu fin septembre président de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage) pour un second mandat. 

« C’est une rentrée en demi-teinte, car nous sortons d’un premier mandat Covid et entamons un mandat post-Covid. Ce n’est pas là que nous pouvons nous épanouir le plus en engagement étudiant, mais il y a beaucoup à faire. Il y a un besoin de renouveau, de s’adapter, en termes de fonctionnement notamment, avec des membres du bureau très alertes et qui ont envie de bosser.

Le retour en présentiel nous permet de revoir la base militante, ce qui est essentiel, mais le bilan de la rentrée est plus mitigé derrière quand on porte le regard sur des questions de précarité étudiante qui impactent aussi le sens de notre engagement. Nous nous donnons du mal pour monter des projets, pour investir le rôle de lutte contre la précarité qui n’est pas forcément le nôtre, sans qu’il n’y ait pour autant beaucoup de choses qui avancent sur la question », témoigne le président de la Fage.

Une rentrée qui incite à la vigilance

Particulièrement touchés pendant la crise sanitaire, les services informatiques des établissements du supérieur ont dépassé le pic d’activité consécutif aux basculements des cours à distance. Alexandre Fournier, vice-président numérique de l’Université de Bourgogne, reste néanmoins vigilant en cette rentrée 2021.

Alexandre Fournier est ingénieur en enseignement numérique. - © D.R.
Alexandre Fournier est ingénieur en enseignement numérique. - © D.R.

« Lors du confinement en mars 2020, il a fallu tout basculer en distanciel très vite. Nous avons formé beaucoup d’enseignants aux outils lors de courtes sessions. Le service “Pédagogie numérique et ressources” a été fortement mobilisé. 

Et à la rentrée 2020, cette surcharge d’activité s’est poursuivie, car tout le monde s’est rendu compte que l’enseignement hybride ou à distance s’inscrirait dans la durée. Les professeurs étaient donc demandeurs de formations plus poussées.

En cette rentrée 2021, tous les cours se déroulent en présentiel. Mais nous restons prudents, car nous savons que la situation sanitaire peut se dégrader très vite. »

Des responsables de chantier à la trajectoire propre

Myrina Meunier - © D.R.
Myrina Meunier - © D.R.

Tous les professionnels de l’ESR ne travaillant pas toujours directement au contact des étudiants, certains ont pu continuer leurs missions en temps de crise dans un quotidien moins chamboulé. C’est notamment le cas d’Isabella Baer-Eiselt, directrice de l’université européenne EU-Conexus, pour qui la visioconférence est une partie intégrante du quotidien, confinement ou pas !

Une réalité que Myrina Meunier, cheffe de projet de l’École universitaire de recherche “Odysée” de l’Université Côte d’Azur, connait également :  « Il est difficile de comparer les rentrées 2020 et 2021. Il faut bien comprendre que je ne suis pas en première ligne face aux étudiants. Mes préoccupations ne sont pas les mêmes que les enseignants, enseignants-chercheurs ou certains services comme la scolarité. Je suis plutôt en backstage dans la construction de l’École universitaire de recherche. Pour moi, la rentrée rime avec mise en place des bonnes pratiques. Dans ce sens, j’ai été plutôt chanceuse et j’ai pu continuer à travailler « relativement » normalement comparé à d’autres agents.

Diana Sebbar - © JP Braly
Diana Sebbar - © JP Braly

Pour ces deux responsables de chantier dont les projets prennent en envergure, ainsi que pour Diana Sebbar, directrice opérationnelle des programmes « recherche » de l’Idex UCA Jedi, et directrice exécutive 3IA Côte d’Azur, la tendance est différente : ce n’est pas seulement à la rentrée 2020 que le rythme a été soutenu, mais tout autant durant celle de 2021.

« Aujourd’hui l’état d’esprit est très positif puisque l’Idex vient d’être pérennisée et va donc entrer dans une nouvelle phase de son déploiement. Par ailleurs, le 3IA Côte d’Azur va entrer très prochainement en phase d’évaluation. D’autres projets sont par ailleurs en cours de préparation… La rentrée 2021 est donc, comme celle de 2020, plutôt sportive ! ».

Un kaléidoscope d’enjeux

Des élections à venir

Cette année universitaire sera également marquée pour certains par des élections en interne« Cette rentrée est aussi pour nous synonyme de la fin du mandat de l’actuelle présidence, les élections se tiennent en novembre et décembre 2021. Il s’agit donc d’accompagner à la fois cette fin de mandat et la transition avec la nouvelle équipe ainsi que la continuité administrative », explique Cécile Aziza, directrice des affaires publiques et des territoires de l’Université de Bordeaux.

Et, pour tous, par des échéances politiques sur le plan national : « C’est une année pleine d’enjeux qui s’annonce, avec la présidentielle dans laquelle nous jouerons le rôle de première fédération étudiante de France, mais aussi le volet européen avec la PFUE au travers de la ESU (Union des étudiants européens). Nous avons hâte de traverser ce mandat qui s’annonce très chargé et particulièrement intéressant, pour faire vivre les dossiers et rendre à la base militante qui se mobilise chaque jour au local pour proposer des solutions. », indique Paul Mayaux, président de la Fage.

Tournant décisif pour les universités européennes

En résonance avec la présidence française du conseil de l’Union européenne au premier semestre 2022, ce sera l’heure du premier bilan pour les premières universités européennes lancées en 2019 qui arrivent au terme de leurs trois années de financement. Isabella Baer-Eiselt résume les principaux points clés :

« Nous arrivons à la dernière année du projet Université européenne, dans le cadre d’Erasmus+, que nous avons remporté pour EU-Conexus. Nous avons fait le bilan et le rétroplanning de nos actions avant l’été 2021. Désormais, il s’agit de continuer à imaginer la suite, à l’automne 2022, d’envisager de grands projets et de se développer. »

Isabella Baer-Eiselt est directrice de l’université européenne Eu-Conexus. - © D.R.
Isabella Baer-Eiselt est directrice de l’université européenne Eu-Conexus. - © D.R.

Isabella Baer-Eiselt évoque un autre chantier : « réfléchir à une identité légale d’EU-Conexus. En effet, nous sommes actuellement soumis aux règles des établissements publics ce qui complexifie notre travail notamment sur la partie financière, lorsque nous faisons des achats à destination de l’Europe, ou sur la partie institutionnelle, lorsque nous invitons des partenaires associés à visiter un campus. La Commission européenne est en train de réfléchir à la forme juridique qui conviendrait aux universités européennes. »

« Évidemment, la question se pose également de la structure définie par l’Union européenne (statut, financement) de ces universités qui étaient jusqu’ici en phase d’expérimentation. Enfin, nous devons nous coordonner avec nos partenaires et partenaires associés sur nos attentes pour l’avenir, et sur la manière dont chacun souhaite s’investir - en renouvelant l’envie d’un partenariat engagé ou en prenant de la distance », conclut-elle.

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