Numérique

Le Bett Show fait de la place à l’enseignement supérieur

Par Marine Dessaux | le | Edtechs

C’est l’événement edtech d’ampleur à ne pas manquer  : le Bett Show a repris du service, du 23 au 25 mars 2022, après deux années d’arrêt forcé par la pandémie. Au programme, un salon immense, un nouvel espace dédié à l’enseignement supérieur et des tendances technologiques à découvrir. Rendez-vous à Londres où se sont rendues deux de nos journalistes.

Le Bett 2022 a connu une plus faible affluence après deux années d’annulation. - © Bett
Le Bett 2022 a connu une plus faible affluence après deux années d’annulation. - © Bett

Bienvenue au Bett Show, le British education technology and trade Show ! L’événement londonien est le plus grand rassemblement dédié aux edtechs dans le monde. Après deux années d’interruption et un décalage de janvier à mars 2022, il revient dans sa dimension présentielle et accueille plus de 20 000 visiteurs (contre plus de 34 000 en 2019), 400 exposants et 50 pays. 

Le Bett comme si vous y étiez 

Visuellement, le Bett c’est une multitude de stands, une explosion de couleurs, de gadgets et de solutions technologiques en tout genre, dédiés à l’éducation. Ce que les Britanniques appellent le K12, de l’école primaire à la fin du lycée, est la cible la plus répandue des innovations.  

Mais ici, on ne s’adresse pas aux parents ni aux étudiants directement  : ce sont les parties prenantes des établissements et de l’univers éducatif qui viennent rechercher des réponses à leurs problèmes ou dénicher les dernières nouveautés qui augmenteront leur attractivité. Flânent cependant çà et là de jeunes élèves anglais, reconnaissables à leur uniforme, venus pour découvrir cet univers interactif. 

Apprendre en faisant du basket, c’est aussi ça le Bett ! - © M. Dessaux
Apprendre en faisant du basket, c’est aussi ça le Bett ! - © M. Dessaux

Car si les discussions sont stratégiques entre professionnels, certains stands misent sur leur côté divertissant pour attirer l’œil : sport et jeu vidéo, robots, univers immersifs… Difficile de savoir où regarder et aller, d’ailleurs, au vu du nombre d’espaces de conférences, qui se déroulent en parallèle de part et d’autre du salon. Heureusement pour ceux qui, comme Campus Matin, s’intéressent surtout à l’enseignement supérieur, cette année, un espace dédié a été mis en place… 

«  Ahead by Bett », le supérieur tient son « corner »

«  Les années passées, les exposants spécialisés dans l’enseignement supérieur ont exprimé dans leurs retours la difficulté de rencontrer des contacts qualifiés sur ce segment. C’est pour cela que nous avons créé un espace dédié où seules les personnes travaillant dans le supérieur peuvent accéder  », explique Max Oliver, directeur événement d’Ahead by Bett. 

Des exposants de divers horizons

Dans cet espace, situé au fond du salon, se trouvent plusieurs stands et une salle de conférences. Tous les exposants et speakers présents proposent une solution dédiée aux études supérieures ou cherchent à se positionner plus particulièrement sur ce créneau. Un besoin de distinction claire avec le scolaire qui s’est intensifié avec la crise Covid-19. 

Seuls les membres de l’enseignement supérieur peuvent entrer dans « Ahead by Bett » - © M. Dessaux
Seuls les membres de l’enseignement supérieur peuvent entrer dans « Ahead by Bett » - © M. Dessaux

«  La pandémie a accéléré l’utilisation de solutions numériques dans les universités. Ces établissements sont, d’une certaine façon, des entreprises. Et les edtechs participent à accompagner leur transformation  », poursuit le directeur événement. 

Il note une différence de profils dans les créateurs de solutions  :

«  Ce ne sont pas que les edtechs qui ont une solution à offrir pour l’enseignement supérieur, les campus sont de petites villes à gérer. Il y a donc une multitude d’acteurs qui s’adressent au monde de l’entreprise et qui peuvent fonctionner également sur ce segment.  » 

La place de l’international

Pour l’heure, les exposants de Ahead by Bett sont très tournés vers le marché britannique - «  à environ 75 %  » - mais cela devrait évoluer dans les années à venir  : « En 2023, notre objectif est d’avoir 60 % d’exposants offrant des solutions pour le supérieur britannique et 40 % pour l’étranger. Cependant, le marché international est tellement vaste qu’il est difficile de s’y positionner. »

Les conférences proposent notamment de présenter les stratégies des edtechs à l’international. - © Aidan Synnott
Les conférences proposent notamment de présenter les stratégies des edtechs à l’international. - © Aidan Synnott

Malgré cette réalité, la notion d’international est très présente dans l’esprit du salon, car, au-delà des trois axes du Bett « faire du commerce, suivre des conférences et étendre son réseau », l’idée pour les edtechs présentes est aussi de pouvoir « apprendre de leurs équivalents à l’étranger, notamment aux États-Unis », expose Max Oliver.  

« Les exposants ne voient peut-être pas énormément de personnes, mais celles qui sont présentes sont réellement qualifiées », rapporte Max Oliver. 

Suivre les innovations… avec un regard critique

Diana Laurillard est enseignante-chercheuse en blended learning, une manière d’apprendre constituée de cours en présentiel et en ligne pour plus d’adaptabilité, à University college of London au sein du Knowledge Lab. Elle est aussi l’ancienne responsable de l’unité de stratégie e-learning du département pour l’éducation et les compétences (2002 à 2005) de cette même université.

Diana Laurillard est professeure d’apprentissage avec les technologies digitales - © D.R.
Diana Laurillard est professeure d’apprentissage avec les technologies digitales - © D.R.

Grande adepte du Bett, l’enseignante-chercheuse y revient d’année en année, pour connaître la position du gouvernement sur les sujets edtechs et pour suivre les innovations technologiques, en perpétuelle évolution.

Si elle défend les apprentissages en ligne et les solutions technologiques les facilitant, elle reste vigilante sur la délégation de certaines missions du supérieur à des entreprises extérieures. «  Les edtechs britanniques essaient de prendre la main sur plusieurs aspects de gestion de l’enseignement supérieur. Elles proposent de recruter des tuteurs pour les universités et de les former. Cela enlève beaucoup de pouvoir aux établissements. »

« C’est le travail des acteurs de l’enseignement de suivre les évolutions technologiques afin de pouvoir apporter des critiques. Mais c’est très complexe et ce rôle n’est attribué à personne en particulier », conclut-elle.

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