5 conseils pour communiquer avec la Gen Z
Quelle posture adopter face aux étudiants de la génération Z ? Comment sortir des situations d’incompréhension ? Fort de son expérience en gestion de crise, Raphaël De Vittoris, enseignant-chercheur à Clermont School of Business, livre cinq clés pour faciliter les relations avec les « zoomers ».
Hyperconnectés, impatients, engagés… Il est difficile de parler des étudiants de la génération Z, nés entre 1995 et 2012, sans faire de généralités. Une chose est sûre, faire cours aux « zoomers » présente des défis nouveaux que chaque enseignant adresse à sa manière.
S’appuyant sur une expérience de plus de quinze ans en gestion de crise au sein de multinationales et de son activité d’enseignant-chercheur, Raphaël De Vittoris, professeur de stratégie à Clermont School of Business, propose cinq pistes pour mieux communiquer avec cette génération et l’accompagner vers le monde professionnel.
1) Identifier les différences
Pour pouvoir travailler avec la nouvelle génération, en tant qu’enseignants ou professionnels plus âgés, il faut d’abord tenter de comprendre ce qui nous différencie.
Mon premier constat réside en un rapport totalement différent avec les niveaux d’autorité. Les enfants de la GenZ ont souvent grandi dans des familles où tous les membres disposaient d’un droit à l’expression et l’influence relativement équitable et plus conséquente que celui des générations précédentes.
Par leur développement social fondamental, ils sont moins familiers de niveaux hiérarchiques marqués, ce qui peut se ressentir lorsqu’ils intègrent des collectifs. Ils peuvent en effet considérer que leur avis vaut autant que celui de leurs supérieurs et de leurs collègues plus expérimentés.
Toutefois, acquérir une légitimité prend du temps. Il faut fournir des efforts dont les résultats ne me manifesteront pas immédiatement. Or, j’observe que les jeunes de la GenZ manifestent un inconfort manifeste avec les récompenses tardives. Ils sont habitués aux récompenses rapides, ne serait-ce que par la voie dopaminergique via les médias sociaux qu’ils manipulent parfois depuis leur plus jeune âge. Ce rapport à la récompense immédiate les rend plus susceptibles de se décourager et d’abandonner face à un échec.
Leurs réponses aux événements sont aussi plus émotionnelles. Ceci en raison d’un usage significatif des outils numériques et d’une baisse du niveau d’exigence scolaire. La pensée conceptuelle disparaît avec le vocabulaire. L’émoticône remplace l’analyse. Cela crée une génération moins nuancée, plus encline à communiquer des émotions que des concepts, confortée dans ses opinions par les logiques des algorithmes provoquant une polarisation.
Il n’y a toutefois pas à désespérer. Cette génération est extrêmement intelligente et pleine de ressources. Elle place ses valeurs plus haut que ne le faisaient ses prédécesseurs et se montre capable de forts engagements.
2) Assumer une posture d’autorité bienveillante
La plupart désirent que l’on soit exigeant avec eux
Mon impression est que les représentants de la GenZ sont inconsciemment en demande d’un cadre et d’une direction ferme. Évidemment, ils résistent lorsqu’on les pousse hors de leur zone de confort, mais je suis convaincu que la plupart désirent que l’on soit exigeant avec eux, comme le ferait, par exemple, un coach sportif.
J’ai la faiblesse de croire en ma posture d’autorité bienveillante. Je pense qu’il faut être à la fois très sévère, honnête et parfaitement juste avec les étudiants pour gagner leur confiance. En retour, ils obtiennent mon estime en travaillant sérieusement. Je les note sans complaisance, en écho à l’impartialité du monde de l’entreprise, n’accordant d’égard qu’à la compétence et au travail.
Je les prépare ainsi à leur entrée dans le monde professionnel. Les étudiants m’ayant démontré leur détermination et leur travail pourront me demander une lettre de recommandation, un conseil ou d’être garant de leur qualité auprès d’un recruteur/employeur éventuel et ceci tout au long de leur parcours professionnel.
3) Être à l’écoute de ses futurs pairs
Pour préparer les jeunes à trouver leur place dans un collectif et entretenir avec eux des relations saines, il est important de les traiter comme de futurs pairs et non comme des gamins assis sur les bancs d’université. Nous ne sommes certes pas sur un pied d’égalité, mais il y a de l’équité dans les rapports. Cela permet de mettre en place un vrai dialogue.
Prendre le temps d’écouter ce qui peine à s’exprimer
Cette génération, pouvant confondre opinion et pensée articulée, et qui va intégrer des organisations dont elle représentera la couche la moins opérationnelle et la moins compétente, ne doit cependant pas être rabaissée de manière exagérée. Ces étudiants seront nos collègues dans quelques années à peine.
Il faut apprendre à traduire leurs opinions tranchées comme des paravents face à une inquiétude immense et à comprendre leurs exigences parfois exagérées comme une méconnaissance des droits et des devoirs propres à l’univers professionnels.
Ce dialogue n’est pas forcément évident parce que nous ne parlons pas toujours le même langage. Parfois, il faut aussi prendre le temps d’écouter ce qui peine à s’exprimer. Un jour, une étudiante s’est énervée en classe parce qu’elle était en désaccord avec ce que j’expliquais. En discutant avec elle après le cours, j’ai compris que si elle s’était mise en colère, c’était d’abord parce qu’il lui manquait le vocabulaire pour argumenter, pour exprimer les raisons de son désaccord et, plus profondément, pour les penser. Sa réaction était émotionnelle.
Cette étudiante, avouant une addiction aux réseaux sociaux, évoluait dans ses discussions avec pas loin de 250 mots. Comment disposer de nuance dans une telle aridité conceptuelle ? Son problème n’était pas son intelligence, ni sa motivation à échanger, c’était un rapport tristement trop commun à des vecteurs de communication réducteurs.
4) Donner des clefs pour sortir de l’émotion et mieux comprendre le monde
Il faut que nous aidions les jeunes à sortir de l’émotion pour conceptualiser leurs messages. C’est à nous, professeurs et institutions, de leur apprendre à réagir à l’analyse par l’analyse. Nous pouvons étoffer leur culture du concept en faisant des cours intéressants avec des concepts facilement assimilables.
La responsabilité nous incombe de leur montrer la profondeur et la richesse des éléments nuancés dont la pauvreté des réseaux sociaux et des productions audiovisuelles qu’ils consomment en masse les privent. Mais si cette responsabilité est réelle, c’est bien à la GenZ de faire l’effort, une fois la diversité conceptuelle partagée, de s’en nourrir et de se développer.
5) En cas de conflit, affirmer sa posture
Lorsqu’un problème survient dans un établissement et suscite des commentaires et réactions de la part des étudiants, quelle que soit la position des directeurs ou des enseignants, une partie des étudiants sera scandalisée et le restera quoi que l’on dise.
Dans ces conditions, le meilleur moyen de passer à autre chose est justement, selon moi, d’éviter d’essayer de plaire à tout le monde en optant pour la langue de bois. Je pense au contraire qu’il faut assumer totalement sa position. Assumons que notre prise de position, quelle qu’elle soit, suscitera des réactions négatives. Démontrons avec sincérité l’articulation que nous défendons. L’émotion a ceci d’avantageux qu’elle ne dure pas.