Former, pour briser le cercle vicieux de la désinformation
Engagée depuis dix ans dans la lutte contre la propagation de fausses informations et des stéréotypes à leur source, l’association de journalistes Fake Off ! intervient notamment auprès des établissements d’enseignement supérieur et de leurs étudiants. Le point avec Anthony Fouchard, son directeur pédagogique.
L’esprit critique pour boussole : il était logique pour l’association Fake off d’intégrer à son panel d’actions la formation à destination de l’enseignement supérieur. Créée au lendemain des attentats de Charlie Hebdo, en 2015, structurée en association deux ans plus tard, Fake Off ! cible en premier lieu le public scolaire, du CM2 à la terminale.
« L’éducation aux médias et à l’information (EMI) est en effet inscrite au programme de l’Éducation nationale », souligne Anthony Fouchard, journaliste en zones de conflits, avant de se consacrer à 100 % à Fake Off !, aux côtés de sa directrice générale, Camille Lafrance.
« Du sur-mesure »
Dans les établissements post-bac, « qui font de plus en plus appel à nous, nous nous adaptons à la demande et proposons du sur-mesure ». Ateliers de sensibilisation, conférences-débats et formations pour encadrants : Fake Off ! a développé tout un panel d’interventions ciblées (lire encadré).
« On ne va pas proposer le même contenu s’il s’agit d’intervenir dans un master d’école de journalisme ou auprès de décideurs de l’Institut national du service public (INSP, ex-Ecole nationale d’administration-ENA) sur l’ingérence russe. »
Parmi ceux ayant déjà fait appel à eux, Anthony Fouchard cite plusieurs établissements du supérieur, « principalement dans le domaine du journalisme et de la communication : le Centre de formation des journalistes (CFJ) à Paris, les écoles de journalisme de Lyon et Grenoble, des universités publiques et privées ».
Sollicitées par la Conférence des grandes écoles, des interventions ont été mutualisées. « L’Iseg, école privée de communication, a fait deux fois appel à nous, pour les interventions ponctuelles de nos intervenants Hugo Nazarenko-Sas et Thomas Huchon, journalistes d’investigation. »
Objectifs du programme : outiller les étudiants, en leur apprenant à mieux décrypter l’information et maîtriser les enjeux éthiques de l’IA générative. Ces interventions ponctuelles, à destination de toute une promotion, se doublent de modules complets intégrés à l’offre de formation : « À la demande de l’Université catholique, nous avons conçu toute une unité d’enseignement. Soit 24 heures, intégrées au programme d’une des filières ».
Grâce à ses dernières innovations - une formation à destination des influenceurs et de leurs agences, et un module de formation lié aux stéréotypes de genre - l’association, qui mène une mission d’intérêt général, affine encore son offre. Ses 83 intervenants, implantés dans la France entière, jusqu’en Polynésie et à La Réunion, sont tous journalistes.
Ils sont régulièrement formés « pour proposer un discours uniforme et cohérent, partout où l’on nous sollicite ». Ce travail de coordination est assuré par un pôle de six journalistes.
Menace croissante
Le défi est de taille : depuis une dizaine d’années, mésinformation et désinformation ne cessent de prospérer, entre rumeurs, discours polarisants, théories du complot, propagande, manipulations… avec le corollaire des menaces d’ingérences étrangères. « Sans oublier les violences qui en découlent, qu’elles soient d’ordre physiques, psychologiques ou de cyber-harcèlement », ajoute Antony Fouchard.
Une menace encore renforcée par le déploiement à grande échelle de l’IA générative et son cortège de deepfakes. Conçu en 2024, le module autour des stéréotypes de genre décortique l’une des fake news les plus célèbres au monde : « Le fait que Brigitte Macron serait un homme. »
Un consortium de journalistes est remonté aux origines de la rumeur, mettant au jour les ressorts d’une double mécanique, de déstabilisation de la vie politique et de décrédibilisation des femmes de pouvoir. À l’œuvre : un véritable système, puisque « Michelle Obama ou Jacinda Ardern, ex-Première ministre néo-zélandaise, ont également fait les frais du même type d’attaques », détaille Antony Fouchard.
Former des personnes relais
En chiffres : 7 000 interventions depuis 2015
« Nous avons notre théorie du ruissellement à nous », sourit le directeur pédagogique, qui ajoute que l’objectif est aussi de former des personnes relais, en structures sociales (aide sociale à l’enfance, dispositifs pour décrocheurs scolaires, foyers de jeunes travailleurs), culturelles (médiathèques, festivals), en milieu pénitentiaire ou encore auprès de la Protection juridique de la jeunesse (PJJ), de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), et des parents.
Anthony Fouchard alerte toutefois sur un paradoxe : « Nous sommes de plus en plus sollicités (rien qu’en 2025, 1 300 ateliers réalisés !) mais nos sources de financement n’ont jamais été aussi incertaines ». Pour cette raison, l’association vient de lancer une campagne de financement participatif sur Ulule, pour continuer d’essaimer.
Les formats d’intervention de Fake Off !
• Sensibilisation : 2 fois 2 heures pour éveiller l’esprit critique (avec développements sous-thématiques sur la désinformation liée aux discriminations de genre, les influenceurs et les réseaux sociaux, les faits divers).
• Production : 5 à 12 séances de 2 heures pour créer des contenus d’information vérifiés et debunk de fake news (podcasts, vidéos, posts, EMI théâtralisé).
• Conférences-débats : 2h pour le grand public, sur des thématiques variées (climat, IA, santé) et projection-débat de notre documentaire Casse tes préjugés.
• Formations pour encadrants : éducateurs, professeurs, bibliothécaires, responsables de structures (demi journée à une journée) et pour parents (2h)