Vie des campus

Les 5 dates de…Raphael Costambeys-Kempczynski : « L’engagement ne se contruit pas de façon linéaire »

Par Marine Dessaux | le | Expérience étudiante

Difficile de résumer le parcours de Raphael Costambeys-Kempczynski ! Ce franco-britannique d’origine polonaise a contribué à populariser le thème de l’expérience étudiante et à défendre l’enjeu de la vie de campus en France. 

Cet ancien étudiant en Écosse, touche-à-tout passionné de musique et de journalisme radio, fait sa carrière universitaire en France. Enseignant-chercheur à la Sorbonne Nouvelle (Paris 3), il s’implique dans la gouvernance de son université, mais aussi du regroupement Sorbonne Paris Cité où il porte la thématique de l’expérience étudiante. 

Pour Campus Matin, il se raconte en cinq dates, avec une bonne dose d’humour british.

« L’expérience étudiante a comme double objectif la réussite et l’épanouissement. » - © CPU - Université de Franche-Comté
« L’expérience étudiante a comme double objectif la réussite et l’épanouissement. » - © CPU - Université de Franche-Comté

1987 : « Lycéen en Angleterre, je deviens entrepreneur »

Raphael Costambeys-Kempczynski - © D.R.
Raphael Costambeys-Kempczynski - © D.R.

Lycéen en Angleterre, je deviens entrepreneur et crée avec des camarades une jeune entreprise spécialisée dans la fabrication de bougies fantaisies. À cette époque, l’une de mes profs me dit que « plus on en fait, plus on peut en faire ». Je décide alors, en plus de mes études et de la jeune entreprise, de monter un groupe de rock. J’aimerais dire qu’il y avait une certaine logique à tout cela, ou au moins une articulation chronologique, mais ce ne serait pas très honnête. Cela s’est fait de façon tout azimut, sans trop de réflexion et sans trop de direction.

Ce que je retiens avant tout, c’est la chance de pouvoir m’engager dans tous ces projets périscolaires et très formateurs ! D’ailleurs, j’ai présidé le Pépite CréaJ-Idf de 2014 à 2020, convaincu que l’entrepreneuriat étudiant est aussi une forme d’engagement.

1989 : « Nous nous produisons en concert pour protester contre quelque chose »

31 ans plus tard, ma mémoire fléchit. Cette année-là, nous nous produisons en concert pour protester contre quelque chose. L’universitaire que je suis devenu aurait aimé vous dire que c’était contre le projet de loi sur l’introduction des prêts étudiants qui ont mis fin aux systèmes de bourses qui existait jusqu’alors, mais c’était plus vraisemblablement contre la poll tax, un impôt par capitation introduite par Margaret Thatcher et supprimé par John Major en 1991.

L’engagement ne se construit pas forcément de façon linéaire

Cela témoigne d’un sens de l’engagement, mais je crois me rappeler qu’on était surtout contents de nous produire en concert. L’engagement, tout comme le vécu étudiant dans son ensemble, ne se construit pas forcément de façon linéaire, n’est pas nécessairement quelque chose de réfléchi sur le moment.

Mon expérience à ce stade était “préparadigmatique”, mais elle a forgé le paradigme de l’expérience étudiante que je favorise aujourd’hui : du temps et de l’espace pour expérimenter, se trouver, s’épanouir.

C’est ici que ce sont enflammées les passions intellectuelles qui m’ont animé pendant mes études et qui continuent à me stimuler aujourd’hui. Une partie de ma recherche se concentre sur la musique populaire anglaise, l’autre sur les politiques d’expérience étudiante.

1995 : « J’ai appris à écrire pour la radio et à présenter à l’antenne »

L’année de mes premières expériences en radio, une autre de mes passions. Je faisais de la musique, j’éditais un fanzine, et un jour on nous propose au guitariste et à moi de faire une démo pour une émission de radio. Tout de suite nous avons pensé à la gloire… et on s’est retrouvé à animer une émission de 1h à 3h du matin. The graveyard shift comme on dit en anglais. C’était génial ! Loin de m’enterrer dans un travail de nuit, j’ai appris à écrire pour la radio et à présenter à l’antenne, j’ai appris à produire et à animer.

Depuis, je continue à participer à des émissions et j’ai eu l’occasion de produire et animer un podcast classé numéro 1 par iTunes en 2007-2008. Il s’agissait du classement « enseignement supérieur France », mais vu que le podcast parlait d’enseignement à distance, c’était assez logique !

Aujourd’hui, je suis co-responsable d’un master de journalisme bilingue anglais-français et j’enseigne le journalisme radio et le podcast en anglais.

2002 : « Je deviens maître de conférences à Paris »

Après deux ans à Heriot-Watt University à Édimbourg, je prends un poste de maître de conférences à la Sorbonne Nouvelle. Si en 1987 on m’avait dit qu’un jour je vivrais à Paris, The City of Light… !

Je rejoins le centre d’enseignement à distance de l’université juste au moment du tournant numérique. Je deviens directeur du centre d’enseignement à distance en 2007, motivé par le e-learning, le panachage, le présentiel enrichi et par l’innovation pédagogique en général.

La vie étudiante était devenue aussi une vie numérique

En parallèle, je deviens directeur du centre de ressources informatiques. Je souhaitais rendre transparent l’informatique en me concentrant sur les services rendus et lever le voile sur la « magie » de l’informatique. Nous avons créé iSorbonne, le portail numérique de l’université donnant aux étudiants accès à toute une gamme d’outils : la plateforme d’enseignement, la dématérialisation des actes administratifs, le service de petites annonces, les productions audio et vidéos de l’université, la messagerie électronique, etc. Une révolution pour une fac de lettres ! La vie étudiante était devenue aussi une vie numérique.

2008 : « Créer la première DSI de Sorbonne Nouvelle »

Il y a 13 ans l’université comptait quatre services qui s’occupaient de près ou de loin du numérique. Chaque service avait ses ingénieurs, ses serveurs, proposaient parfois les mêmes choses. On s’y perdait !

Après avoir été élu au conseil d’administration en 2008, Marie-Christine Lemardeley, la présidente de l’université, m’a nommé vice-président en charge de la communication et des systèmes d’information. J’avais comme mission de créer la première DSI de l’université.

En 2010, après un an et demi de maturation, cette nouvelle direction a vu le jour : elle a permis d’articuler l’ensemble des ressources informatiques et numériques de l’université.

Nous avons inventé le « iBus »

Par ailleurs, nous avons pu participer à des projets portés par les étudiants et co-construits avec toute la communauté universitaire. Nous avons transformé le hall des amphis pour réaliser des soirées d’accueil des étudiants, nous avons inventé le « iBus », un bus vintage équipé en numérique dans lequel les collègues de la DSI accueillaient les étudiants pour les accompagner dans les usages…

2012 : « Je travaille sur le projet immobilier de l’université »

Élu vice-président du conseil d’administration, je travaille de concert avec la présidente sur le projet immobilier de l’université. En 2013, la ministre de l’enseignement supérieur annonce le lancement du chantier pour construire un campus de 35 000 m2.

D’avoir mené à bien ce projet reste une grande fierté. Non seulement le garçon de Eastbourne se retrouve à Paris, mais il contribue aussi à changer la silhouette de la capitale ! C’est surtout le trajet qui m’apporte le plus avec la découverte dans le moindre détail de l’ensemble des opérations d’une université et des besoins de la communauté qui l’anime.

Une expérience des plus enrichissantes !

En 2014, je suis nommé directeur délégué vie de campus et expérience étudiante de Sorbonne Paris Cité. Ma première grande mission est de coordonner la rédaction du projet d’amélioration de la qualité de vie étudiante et de promotion sociale avec le Crous de Paris pour l’ensemble du territoire francilien. Travailler à l’échelle d’un territoire comprenant huit regroupements et trois Crous et arriver à se mettre d’accord sur 30 actions à porter communément était une expérience des plus enrichissantes.

C’est aussi en tant que directeur délégué que je crée le Festival des idées Paris, avec comme principe de provoquer le dialogue entre les sciences et les humanités, la recherche et les arts, pour explorer un enjeu de société majeur.

Qu’est-ce que « l’expérience étudiante » ?

« L’expérience étudiante est ce point d’articulation entre la vie académique et la vie étudiante telle qu’elle est traditionnellement définie en France. L’expérience étudiante est une vision globale du vécu étudiant avec comme double objectif la réussite et l’épanouissement. Et les meilleures politiques d’expérience étudiante s’élaborent dans la co-construction renforçant ainsi la communauté universitaire. »

2020 : « Je deviens délégué général de l’Association Sorbonne Paris Cité »

Depuis le début de 2020, je suis délégué général de l’Association Sorbonne Paris Cité qui regroupe l’université de Paris, l’université Sorbonne Paris Nord, Sciences Po, l’Inalco, L’Ensapvs et l’Ined. Ceci me permet de travailler sur des sujets de transformation à l’échelle d’un regroupement, à l’échelle d’un territoire et à l’échelle national.

J’ai l’honneur et la chance de coordonner le réseau national des vice-présidents vie étudiante, de campus et universitaire (Vécu) aux côtés de Laurence Canteri, vice-présidente vie universitaire de l’université de Lorraine. Cet investissement répond à mes engagements de longue date en matière de promotion des politiques d’expérience étudiante.

Quelle vie étudiante pour demain ?

2020 a été une année difficile pour toutes et tous, y compris pour les étudiants. Mais dans toute crise nous devons identifier et saisir les opportunités qui se présentent. Cela a été l’occasion de se saisir et de mettre sur le devant de la scène des enjeux majeurs qui ont préexisté la Covid-19, mais qui se sont vus exacerber pendant la crise sanitaire : la fracture numérique, la fracture sociale, la santé mentale, pour n’en citer que trois. Aujourd’hui, tout en se préoccupant de l’actualité, nous investissons également la question de l’après : comment accompagner les communautés universitaires vers un retour sur les campus, quelle vie étudiante pour demain ?

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