Vie des campus

[Vidéo] L’orientation, trou noir du système éducatif français ? | JF Fiorina x Agnès van Zanten

Par Enora Abry, Marine Dessaux | Le | Expérience étudiante

Passionné des enjeux de l’enseignement supérieur, dont il est acteur et observateur, Jean-François Fiorina est directeur général adjoint de Grenoble École de Management. Pour Campus Matin, il réalise une série d’entretiens en visioconférence.

Ce début mars, retrouvez l’interview d’Agnès van Zanten, directrice de recherche en sociologie de l’éducation au Centre sociologique du changement (CSO, unité mixte de recherche CNRS-Sciences Po). La chercheuse expose les inégalités face à l’orientation au sein du système éducatif français.

Chroniqueur pour Campus Matin, Jean-François Fiorina a interviewé Agnès van Zanten. - ©  D.R.
Chroniqueur pour Campus Matin, Jean-François Fiorina a interviewé Agnès van Zanten. - ©  D.R.

Un acteur du sup’ qui interroge un expert : voici le concept des échanges vidéos réalisés par Jean-François Fiorina pour Campus Matin.

Ce mois-ci, il reçoit Agnès van Zanten, directrice de recherche en sociologie de l’éducation au Centre national de recherche scientifique (CNRS).

Cet entretien rebondit sur l’article paru dans le Monde le 17 janvier dernier exposant « l’insolente santé de l’enseignement supérieur privé » face aux établissements publics qui, eux, sont confrontés à un « trop plein » d’étudiants.

Une dichotomie entre le sup’ privé et le sup’ public

Un nouveau modèle émerge dans l’enseignement supérieur français, estime Agnès van Zanten : l’influence des universités baisse au profit des écoles privées qui maîtrisent les enjeux d’aujourd’hui.

« Depuis les années 1960, l’université n’a pas eu les moyens pour faire face à ces vagues d’étudiants. Elle est devenue une sorte de tour d’ivoire, fermée. À l’inverse, les écoles sont beaucoup plus proches du monde professionnel. C’est un point important dans une période d’angoisse par rapport à l’avenir. »

Toutefois, elle nuance son propos. « Cette dichotomie n’est pas tout à fait vraie. Les universités aussi ont su s’adapter, en ouvrant des licences professionnelles, en faisant des partenariats. »

Un système français qui accentue les inégalités

Au-delà de la séparation entre les universités et les écoles privées, pour Agnès van Zanten, le problème est plus large et s’étend à la totalité du système éducatif français. « C’est un système qui est malheureusement très tourné vers la production des élites. Cela fait de lui un système reconnu dans le monde certes, mais cela se fait au coût de beaucoup d’élèves laissés sur le chemin. Les enquêtes du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (Pisa) le montrent bien. »

Où est l’eldorado ?

Au fil de son parcours, de son pays natal, le Venezuela, en passant par Stanford pour son cursus universitaire, jusqu’à la France où elle effectue sa carrière de chercheuse, Agnès van Zanten a pu observer bon nombre de systèmes éducatifs. C’est donc en connaissance de cause qu’elle affirme qu’il n’y a pas de solution universelle que l’on pourrait décliner dans tous les pays : « Il ne faut pas faire de comparaison [avec d’autres pays] ni chercher à copier. On ne peut pas transposer tel quel. »

Le problème majeur : l’orientation des étudiants

Un manque de moyens…

Pour s’y retrouver parmi des offres de formation qui se multiplient et dans ce système peu égalitaire, la solution réside dans l’orientation selon la chercheuse. Cet aspect de la vie d’un élève est cependant également à repenser.

« La France n’a pas augmenté le nombre de conseillers d’orientation qui sont sur plusieurs établissements et ont donc peu de temps à consacrer aux élèves. La tâche est parfois déléguée aux enseignants, mais ils n’ont pas de formations pour ça. Nous assistons alors à une multiplication des acteurs privés en ce domaine : des agences, des associations… mais ils ne suffiront pas à combler le trou dans cette politique d’orientation. »

… face à des techniques marketing en plein essor

Lieux de référence dédié à l’orientation, les salons étudiants présentent des biais forts, selon Agnès van Zanten. « Le problème des salons, surtout en région parisienne, est qu’ils sont composés à 80 % d’établissements privés. Les universités sont débordées et n’ont pas de budget à consacrer à la communication contrairement aux écoles privées. »  

Et certaines écoles sont prêtes à tout pour attirer de futurs étudiants. « Elles vendent beaucoup de rêve : un séjour à l’international, des campus agréables, de plus petits groupes… Et cela, parfois même en donnant des informations erronées. »

Quelles sont les solutions possibles ?

« Il y a souvent un amalgame entre les écoles »

Avec Jean-François Fiorina, la question de fin revient à l’interviewée ! Il explique partager la vision d’Agnès van Zanten sur plusieurs points. 

« Le trou noir du système, c’est vraiment l’orientation. Je partage votre réflexion sur le manque d’égalité concernant les choix. Ensuite, sur le monde de l’enseignement supérieur privé, il y a souvent un amalgame entre les écoles. Nous les mettons toutes dans le même sac alors qu’il y a une diversité et des différences de qualité absolument terribles. L’État devrait être un super régulateur public. »

Pour avoir la suite de sa réponse, c’est juste en dessous ! 

Transférer cet article à un(e) ami(e)