Vie des campus

Fariba Adelkhah : le combat pour sa libération continue pendant le confinement

Par Marc Guiraud | le | Relations extérieures

« Le confinement n’entame pas notre détermination même si c’est un défi de mener de nouvelles actions en cette période de crise sanitaire », déclare Sandrine Perrot, chargée de recherche au CNRS et membre du comité de soutien à Fariba Adelkhah, chercheuse franco-iranienne, emprisonnée en Iran depuis plus de 300 jours (depuis le 5 juin 2019).

Fariba Adelkhah - © DR
Fariba Adelkhah - © DR

Le nombre de membres du comité de soutien augmente toutes les semaines. Il réunit plus de 130 chercheurs, enseignants-chercheurs, et amis. « Je ne sais pas comment être utile, mais je viens pour aider  », disent les nouveaux membres.

Fariba Adelkhah et Roland Marchal sont chercheurs au Ceri (Centre de recherches internationales) de Sciences Po.

Comment va Fariba ?

Elle a arrêté sa longue grève de la faim, 50 jours, menée entre fin décembre 2019 et mi-février 2020 et elle est sortie de l’hôpital où elle avait été admise le 23 février en raison de la grave détérioration de son état de santé.

conditions de détention kafkaïennes

Revenue à la prison d’Evin, au nord de Téhéran, elle a décidé de rester assise devant sa cellule, de refuser d’y rentrer, mais ses codétenues lui ont demandé d’arrêter, craignant que ce régime qu’elle s’imposait ne soit dangereux pour sa santé. Autre point majeur en effet : la crise sanitaire en Iran, où le coronavirus est particulièrement virulent, ce qui nous inquiète beaucoup pour elle. Les conditions sanitaires sont très précaires dans cette prison, Fariba est fragilisée par la détention et détenue dans une cellule collective. 85000 détenus auraient été libérés au moins provisoirement pour cause de Covid-19. Fariba, n’ayant pas encore été jugée, n'était pas sur cette liste.

Fariba est une femme très forte et malgré la longueur de sa détention, plus de 300 jours, elle déploie toujours une grande énergie pour défendre son innocence, la liberté académique et sortir de cette mécanique absurde dans laquelle elle se débat depuis plus de 10 mois.

Être enfermée si longtemps quand le dossier est vide, c’est insupportable. Elle a des moments de découragement, mais sa personnalité lui permet de se tenir droite et de continuer la lutte. Ses conditions de détention sont kafkaïennes, il faut par exemple des tas de demandes administratives pour lui obtenir un simple livre : c’est le règne de l’arbitraire et c’est très lourd à vivre au quotidien.

Comment vous organisez-vous pendant le confinement ?

Nous inventons de nouveaux moyens de mobilisation, en renforçant nos actions sur les réseaux sociaux (site web, page Facebook et compte Twitter). Nous continuons à envoyer régulièrement des emails pour donner les dernières nouvelles de Roland depuis sa libération, et celles de Fariba à Evin. Nous préparons en ce moment une vidéo que l’on va diffuser très prochainement. Nous réfléchissons aussi à d’autres actions, comme organiser des séminaires en ligne, après les trois séminaires physiques, dédiés aux travaux de Fariba et Roland, que nous avions montés précédemment et qui avaient rassemblé beaucoup de monde.

nous assurer des conditions de son procès

C’est un travail difficile, au long cours, et qui peut paraître dérisoire, écrire un texte pour exprimer notre colère face à cet emprisonnement injuste, envoyer des mails… qu’est-ce que cela pèse face à la brutalité d’un système carcéral contrôlé par les Pasdaran (gardiens de la Révolution) ?  Et bien, nous le savons : cela pèse et notre action porte. Roland nous a ainsi raconté que ses interrogateurs n’avaient pas apprécié certains de nos billets disant qu’il était détenu dans de mauvaises conditions. Les geôliers de Fariba suivent donc ce que l’on fait. Et, petit à petit, toutes nos petites actions percolent et s’accumulent. Et plus on est nombreux, plus ça crée un effet. Notre grand espoir est de faire améliorer les conditions de détention de Fariba. Nous voulons surtout nous assurer des conditions de son procès à venir.

Alors on fait savoir que l’on ne laisse rien passer : nous devons être un garde-fou, le témoin de ce qu’elle subit. Nous espérons que toutes les charges cette fois seront levées et qu’elle sera enfin libérée.

Arrivez-vous à donner de l’écho à vos initiatives pendant cette période ?

Fort heureusement, nous bénéficions toujours de l’écoute et de l’appui d’un groupe de journalistes, dans un paysage médiatique pourtant saturé par le coronavirus. Fariba et Roland étaient déjà bien connus par les médias avant leur arrestation, car ils y ont souvent défendu dans la presse la vision d’une recherche impliquée dans la cité. On sent qu’il existe un lien entre eux et la grande majorité des journalistes, et que chacun comprend et respecte le travail de l’autre.

La libération de Roland Marchal le 20 mars 2020 a été une grande victoire…

Oui, il a été libéré alors que nous étions déjà en confinement. Sa libération nous a galvanisé pour continuer le combat pour Fariba qui entame son 11e mois de détention.

Roland a quitté le confinement de sa prison iranienne pour un confinement à Paris.

retrouver au plus vite une vie normale

Maintenant, après avoir subi une telle épreuve, il est très fatigué et a besoin de prendre soin de sa santé, et de reprendre contact avec ses amis, de retrouver au plus vite une vie normale. Il répond petit à petit à ses mails et il est très attentif à ce qu’il se passe pour Fariba

Les premiers mois, il ne savait pas pourquoi il était en prison. Cette absurdité, la mise à l’isolement des premiers mois et la violence psychologique des interrogatoires, nombreux, très longs et répétitifs, ont été une expérience traumatisante. Au départ, il ne savait pas que Fariba avait été arrêtée en même temps que lui… Ne pas avoir d’information, et ne rien pouvoir faire, ne pas disposer de crayon, de papier, de livres (ou très peu), d’ordinateur, a été très difficile pour lui. Les journées lui ont paru très très longues.

Comment travaillez-vous avec le gouvernement français ?

un esprit de transparence

Le gouvernement français est très présent, très engagé, son travail est complexe et a été difficile, jusqu’au bout, pour en arriver à la libération de Roland. Il continue de travailler sans relâche pour celle de Fariba.

Le comité de soutien travaille en bonne intelligence avec le gouvernement. Nous les informons de nos actions dans un esprit de transparence, sans être dans le secret des discussions ou négociations qu’ils peuvent mener. Le gouvernement est en contact avec la famille et nous dit ce que l’on doit savoir pour que notre action ne nuise pas à leur propre travail.

Contacts

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