L’Inde, nouvel eldorado des établissements du supérieur ? Décryptage
Après la Chine, l’Inde devient une cible pour de nombreux établissements d’enseignement supérieur français, qui recrutent des candidats désireux de compléter leur formation initiale en France par des programmes dispensés en anglais. Si les besoins sont là et que les atouts de la France sont certains, reste à faire les bons choix stratégiques.
Bon nombre d’établissements basent leur stratégie de développement, dans les années à venir, sur la croissance des étudiants internationaux dans leurs différents programmes. Les grandes écoles, notamment, misent sur la capacité de notre pays à attirer des candidats du monde entier. Après la Chine, qui a représenté un vivier important durant des années avec une industrie de la mobilité portée par des agents locaux, c’est désormais l’Inde qui fait figure d’Eldorado.
Ce pays est devenu, en quelques années, l’un des terrains les plus stratégiques pour le développement de l’enseignement supérieur mondial. La France s’est d’ailleurs fixé pour objectif d’accueillir 30 000 étudiants indiens d’ici 2030, soit presque 3 à 4 fois le niveau actuel, selon les engagements franco-indiens.
La dynamique est double : d’un côté, une montée en puissance des formations sur place portée par une demande intérieure massive ; de l’autre, un désir de mobilité, en forte croissance, qui pousse des pays comme la France - et ses grandes écoles - à adapter leur offre pour attirer davantage d’étudiants locaux.
Le pays deviendra en 2027 le 2e hub d’étudiants au monde grâce à des investissements massifs, notamment dans les IIT (Indian Institutes of Technology ; établissements publics d’élite en Inde, spécialisés en ingénierie, sciences, technologies, mathématiques et management). En 2025, le gouvernement a en effet approuvé un plan d’expansion, soit 1,4 milliard de dollars engagés sur 4 ans (2025 - 2029).
Une demande de diplômes en explosion
Sur le territoire indien, l’expansion s’explique d’abord par des facteurs démographiques et économiques. Avec une population étudiante gigantesque et une classe moyenne en progression, la demande de diplômes à forte valeur d’employabilité explose. Les domaines les plus recherchés sont l’ingénierie, la data, le management, la finance, la santé et, plus récemment, les transitions énergétique et climatique. Cette pression sur le système pousse à la création de nouveaux campus, à l’augmentation des capacités d’accueil et à l’émergence d’acteurs privés.
L’internationalisation se fait aussi sur place : partenariats avec des universités étrangères, doubles diplômes, programmes full English, centres de recherche communs, ou encore implantation de structures de formation continue à destination des cadres des grandes métropoles indiennes.
Nombre d’institutions françaises ont également fait le choix d’une installation à Dubaï, véritable hub au carrefour de l’Europe, l’Afrique et l’Océan Indien, qui favorise l’afflux de candidats. Ainsi, bon nombre d’écoles de commerce ou de groupes indépendants disposent de campus sur un territoire qui a mis l’enseignement supérieur au top de ses priorités de développement dans les années à venir.
Les atouts de la France
En face, l’attractivité de l’étranger ne faiblit pas. Une partie des étudiants vise en effet une certification internationale, un réseau global et une insertion facilitée dans des entreprises multinationales. C’est là que la France dispose d’atouts spécifiques. Les grandes écoles, ainsi que certaines universités, offrent une marque académique forte, une proximité avec les entreprises, une logique de spécialisation et de sélection, ainsi qu’un accès à des secteurs de pointe (aéronautique, luxe, énergie, IA, finance…). Elles peuvent aussi proposer une expérience européenne complète : mobilité, stages et immersion dans un marché du travail plus internationalisé.
Pour les jeunes, venir en France représente souvent un compromis intéressant entre prestige, coût des études plus maîtrisé que dans certains pays anglo-saxons, et opportunités de carrière au sein de groupes présents en Europe. Sachant également que le Brexit a rendu le Royaume-Uni moins attractif pour les Indiens à cause de visas plus restrictifs, de frais de scolarité en hausse et de nombreuses incertitudes sur le droit au travail après les études, ou encore sur la mobilité sur le continent européen. Quant aux États-Unis, le retour de l’administration Trump début 2025, très ferme sur le plan de l’immigration, incite les étudiants à regarder ailleurs. La France est donc apparue comme une alternative stable, ouverte et stratégique.
Une stratégie claire
Reste qu’attirer durablement des candidats suppose une stratégie claire : renforcer les programmes en anglais sans renoncer à l’intégration culturelle, simplifier les parcours d’admission, sécuriser l’accompagnement (visa, logement, alternance/stages), et surtout rendre lisible la « valeur retour » du diplôme : employabilité, salaires, réseau alumni…
L’État aussi doit avoir un cap clair. Or, les établissements relatent un certain décalage entre la volonté affichée du ministère de l’enseignement supérieur, en lien avec les axes diplomatiques du ministère des affaires étrangères, et une politique migratoire du ministère de l’intérieur plus prudente.
Philippe Baptiste, ministre de l’enseignement supérieur, a indiqué lors de ses vœux à la communauté, le 21 janvier 2026 qu’une nouvelle stratégie d’attractivité serait annoncée au printemps, pour prendre la suite du plan Bienvenue en France qui prend fin en 2027.
Enfin, la relation doit être pensée dans les deux sens : nouer des partenariats académiques structurants en Inde, tout en construisant en France des parcours adaptés à un public de plus en plus exigeant, informé et exposé à de multiples offres. À ce titre, l’Inde n’est pas seulement un vivier d’étudiants, c’est assurément un nouvel espace de concurrence mondiale en matière d’économie de la connaissance.