Vie des campus

Fondations du supérieur : la tendance est au financement participatif

Par Marine Dessaux | le | Relations extérieures

C’est une initiative de la Fondation Insa : lancer sa propre plateforme de crowdfunding. Une façon d’appeler à la générosité collective et de financer des projets différents.

Les fondations de l’Université de Lorraine et de l’Université Côte d’Azur se tournent également vers un plus large public : la première en passant par…les boulangeries, et la seconde en lançant sa plateforme de financement participatif, il y a déjà plusieurs mois.

Campus Matin vous en dit plus sur cette nouvelle tendance que la crise sanitaire participe à mettre en lumière.

Fondations du supérieur : la tendance est au financement participatif
Fondations du supérieur : la tendance est au financement participatif

Alors que les fondations des universités et écoles vivent et financent d’habitude des projets grâce aux dons des entreprises et acteurs privés, une autre façon de faire appel à la générosité du public commence à s’installer dans les pratiques : le crowdfunding.

Le financement participatif, en bon français, consiste à se tourner vers le grand public pour financer un projet via une plateforme en ligne. Si la pratique est très courante dans l’entrepreneuriat, l’enseignement supérieur commence tout juste à s’en saisir.

Tour d’horizon des pratiques, avantages, coûts et objectifs visés par les fondations de l’Université Côte d’Azur, l'Université de Lorraine et l’Insa.

La Fondation UCA s’est déjà lancée

« Nous avons lancé notre plateforme de financement participatif l’an dernier et nous avions commencé à en récolter de petits fruits avant le confinement. La situation a engendré l’annulation de plusieurs projets étudiants, mais nous sommes de nouveau en phase de lancement pour de nouvelles levées de fonds », indique Céline Dheedene, responsable administrative de la Fondation Université Côte d’Azur, à Campus Matin.

Une initiative qui a peu fait parler d’elle et pourtant pionnière dans l’enseignement supérieur. En effet, à la rentrée 2019, la fondation lançait sa plateforme de financement participatif.

« Ce sujet nous semble très porteur, à la fois pour les professionnels du fundraising mais également pour les étudiants », renchérit Brice Farrugia, responsable partenariats entreprises et projets.

Inspiration outre-Atlantique

Ce projet a été inspiré des fondations universitaires canadiennes, elles-mêmes très influencées par le modèle américain. « L’idée est venue à notre président, Eric Dumetz, à la suite d’un voyage à l’Université québécoise de Sherbrooke. Il a pu constater le fonctionnement du crowdfunding dans le supérieur et a voulu faire la même chose ici », raconte Brice Farrugia.

Un moyen de financement déjà bien installé aux Etats-Unis

Outre Atlantique, l’appel à la générosité du grand public via le crowdfunding a trouvé sa place dans de nombreuses universités (la plateforme du MIT est notamment souvent citée à titre d’exemple).

Ces dernières ont d’ailleurs fait l’objet d’un benchmark pour la création de la plateforme de la Fondation Insa afin de prévoir la forme du site, la gestion des projets et estimer son coût.

Construction d’une plateforme en interne

Brice Farrugia est responsable partenariat entreprise et projets de la Fondation UCA - © Service Communication UNS
Brice Farrugia est responsable partenariat entreprise et projets de la Fondation UCA - © Service Communication UNS

La plateforme de financement participatif a été développée avec deux alumni. « Ils avaient déjà créé des plateformes à destination des BDE, et il était donc naturel de travailler avec eux. Nous avons développé ensemble la structure », explique Céline Dheedene.

La Fondation UCA considère que son concept s’élargit au-delà du crowdfunding : en effet, elle offre d’une part la possibilité à l’ensemble des dons d’être défiscalisés (ce qui n’est pas automatique autrement). D’autre part, elle s’engage à compléter les financements obtenus à la fin de la campagne de crowdfunding pour permettre au projet d’avoir lieu.

« Nous demandons aux porteurs de projet d’établir plusieurs paliers leur permettant de réussir puis d’approfondir leur objectif. Lorsque les fonds récoltés n’atteignent pas le premier palier, qui ne dépasse pas 3 000€, nous complétons », indique Brice Farrugia.

Un lien complémentaire avec les autres actions des fondations

A la Fondation Insa, la construction d’une plateforme dédiée au crowdfunding, la Coopérative Insa, répond à un besoin en interne de recherche de financement et de lien avec les diplômés. « L’entrepreneuriat est beaucoup inculqué dans les formations, mais pour se lancer en étant étudiant, il faut des financements, indique Julien Olivier, délégué général et responsable du site de financement participatif. Le crowdfunding était un axe intéressant pour financer ce genre de projet ».

Il voit dans la Coopérative Insa, un « lien de complémentarité avec la fondation qui accompagne des projets de plus large ampleur ».

Objectif : toucher la communauté alumni…

« Nous avons voulu innover dans la coopération et centralisation des projets des différents Insa en lançant un site commun de crowdfunding », retrace Julien Olivier.

Si le crowdfunding est ouvert au grand public, la fondation Insa vise en premier lieu à toucher sa communauté d’alumni : « Nous avons 80 000 diplômés ingénieurs qui ont activement participé à fonder un premier projet à hauteur de 55 000 euros. L’insertion professionnelle de nos anciens est bonne, leur situation leur permet donc de soutenir les étudiants ».

Par ailleurs, « il s’agit de répondre à un besoin d’engager nos diplômés. Si dans les grandes écoles parisiennes, l’esprit communautaire est très développé, pour les écoles en région, il faut des initiatives pour créer un réseau et le cimenter », souligne Julien Olivier.

Et fédérer le réseau des étudiants

Celine Dheedene est responsable administrative de la Fondation UCA - © Service Communication UNS
Celine Dheedene est responsable administrative de la Fondation UCA - © Service Communication UNS

Le financement participatif ne vise pas seulement à atteindre les anciens élèves aujourd’hui actifs, mais aussi le réseau propre à chaque étudiant.

« L’objectif de cette initiative est de permettre aux étudiants de lever des fonds par eux-mêmes. Cela leur apprend à développer un réseau, leur leadership, mais aussi de prendre possession de leur projet de bout en bout, explique Céline Dheedene. C’est d’abord leur réseau, leurs proches, qui seront mobilisés pour les soutenir dans leurs projets ».

Pour les fondations : un moyen d’accroître leur visibilité

Si les dons du grand public sont généralement bien inférieurs aux dons des entreprises, le financement participatif apporte aux fondations une visibilité non négligeable.

« Notre fondation est encore jeune et succède à la fondation universitaire . Développer une plateforme de financement participatif, c’est un moyen de favoriser le sentiment d’appartenance et d’augmenter notre rayonnement car même des projets à faible objectif financier peuvent être portés par toute une promotion de 60 étudiants et engendrer une grosse visibilité », expose Brice Farrugia.

Des initiatives moins onéreuses

Vincent Queudot est secrétaire général de la Fondation NIT - © D.R.
Vincent Queudot est secrétaire général de la Fondation NIT - © D.R.

Ce mode de financement permet de faire voir le jour à des projets différents, aux budgets plus modestes. « Il y a quasiment un facteur 100 entre le don moyen du particulier et de l’entreprise (100€ pour un particulier et 10 000€ pour une entreprise), dit Vincent Queudot, secrétaire général de la Fondation NIT, rattachée à l’université de Lorraine. Or, on commence par exemple à avoir des chaires qui fonctionnent sur des budgets de 100 000€ par an ».

Sur les projets de crowdfunding, la Fondation UCA observe que les dons des particuliers s’étalent de 5 à 100€ et ceux des entreprises de 300 à 1 000€.

Vers de nouvelles formes de dons

Si elle n’est pas équipée pour lancer des campagnes de crowdfunding, la Fondation NIT (Université de Lorraine), a récolté une partie des dons en ligne. « Nous en avons reçu une centaine, ainsi qu’une vingtaine de chèques lors de cette campagne », témoigne Vincent Queudot.

« Une personne nous a même proposé de faire un don mensuel », indique-t-il. Une idée à creuser ? En effet, sur YouTube et les réseaux sociaux, via les plateformes type Patreon, le paiement mensuel se développe afin de soutenir différents projets.

Le crowdfunding est-il la prochaine étape pour la Fondation de l’Université de Lorraine ?

« On est toujours en veille », indique Vincent Queudot. « L’utilisation de plateforme m’intéresse beaucoup, on est une fondation universitaire de droit public ce qui complique la mise en place. Nous avons le projet de devenir indépendants et autonomes, aussi la mise en place de ce genre de dispositif pourra se faire à ce moment-là ».

Une décision d’attendre qui s’explique par la complexité du traitement des dons par un établissement public : « Il est difficile pour un établissement public de faire une délégation de recettes à un tiers, dès que l’argent rentre, il devient de l’argent public avec tout le contrôle financier que ça nécessite ».

Quel financement de la recherche ?

Julien Olivier est délégué général de la fondation Insa - © D.R.
Julien Olivier est délégué général de la fondation Insa - © D.R.

Ces campagnes de financement participatif concernent des projets divers, principalement étudiants, mais qui peuvent également être rattachés à la recherche. C’est le cas du projet « Ingénieur.e Insa philosophe en action. Penser et agir de manière responsable » qui consiste en la création d’une chaire de recherche.

« L’idée est d’associer une entreprise, des chercheurs autour d’un projet commun : réfléchir à l’avenir de l’ingénieur dans la société. L’argent récolté permettra de financer des projets de recherche autour de cette thématique, notamment payer des interventions extérieures, financer des programmes de recherche, faire des conférences », décrit Julien Olivier.

Le monde de la recherche est « toujours en recherche de financement », souligne le responsable de la Coopérative Insa. Pour lui, le crowdfunding peut être une façon d’obtenir « des financements qui ne sont pas faciles à aller chercher ».

De son côté, la Fondation UCA accepte les projets des étudiants à partir de la licence 3 et commence à ouvrir sa plateforme aux chercheurs.

« Nous allons lancer un projet qui aura pour objectif de permettre aux chercheurs d’université Côte d’Azur de mutualiser leurs expérimentations », indique Celine Dheedene.


Crowdfunding mode d’emploi

Transférer cet article à un(e) ami(e)