Vie des campus

Démographie : - 1,7 million d’élèves dans le scolaire en 2035, recul à partir de 2033 dans le supérieur


La France entre dans une décennie de contraction démographique qui va profondément modifier l’école, puis l’enseignement supérieur. À la rentrée 2026, l’Éducation nationale perd déjà 161 000 élèves. À l’horizon 2035, 1,7 million d’élèves pourraient avoir disparu des effectifs.

Dans le supérieur, le choc sera plus tardif : les inscriptions devraient encore progresser quelques années avant de commencer à reculer à partir de 2033. Une évolution qui pose une question centrale : faut-il transformer cette baisse démographique pour améliorer le système ou en économies budgétaires ?

Démographie : - 1,7 million d’élèves dans le scolaire en 2035, recul à partir de 2033 dans le supérieur
Démographie : - 1,7 million d’élèves dans le scolaire en 2035, recul à partir de 2033 dans le supérieur

Le phénomène n’est plus marginal. À la rentrée 2026, 11,6 millions d’élèves franchissent les portes des écoles, collèges et lycées, pour 1,2 million de personnels et quelque 55 000 implantations. Mais le système éducatif compte 161 000 élèves de moins qu’un an plus tôt, a rappelé le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, lors du Conseil des ministres fin août.

Ce mouvement ne fait que commencer. Selon les projections de la DEPP, les secteurs public et privé sous contrat pourraient perdre 1,676 million d’élèves entre 2025 et 2035, soit une contraction de 14,2 % des effectifs scolaires. Dès cette rentrée, le premier degré devrait compter 125 400 élèves de moins, et le second degré 36 200 de moins.

La cause est désormais bien identifiée : la baisse des naissances, amorcée depuis le début des années 2010 et accentuée depuis le milieu de la décennie passée. Elle frappe d’abord les écoles maternelles et élémentaires, avant de remonter progressivement vers les collèges et les lycées.

Une carte scolaire à repenser

Cette contraction pose immédiatement la question de la carte scolaire. Moins d’élèves signifie mécaniquement moins de besoins dans certains territoires, mais pas nécessairement dans les mêmes proportions partout. La DEPP souligne d’ailleurs de forts écarts géographiques : Guyane et Mayotte font partie des rares territoires où les effectifs du second degré devraient encore progresser.

Guyane et Mayotte : les effectifs progresent encore dans le second degré

Le ministère veut désormais anticiper davantage ces mouvements. Dix-huit départements expérimentent ainsi une carte scolaire à cinq ans, et une direction de la politique territoriale de l’école et de l’anticipation doit voir le jour au ministère d’ici novembre 2026. Derrière cette réorganisation se profile une question beaucoup plus politique : que faire des moyens théoriquement « libérés » par la baisse du nombre d’élèves ?

Conditions d’enseignement

La tentation pourrait être de réduire progressivement les emplois et le nombre de classes. Mais la baisse démographique peut aussi être vue comme une occasion d’améliorer les conditions d’enseignement : classes moins chargées, davantage d’accompagnement individuel, renforcement du remplacement ou maintien d’écoles dans les territoires ruraux.

Autrement dit, la démographie pourrait devenir soit un levier d’économies, soit un « dividende éducatif ». L’enseignement supérieur n’est pas encore entré dans cette phase de contraction. En 2025-2026, la France compte 3,05 millions d’étudiants, soit encore 1,1 % de plus en un an. Mais le secteur privé enregistre déjà un premier recul, de 1,7 %, notamment sous l’effet des évolutions du financement de l’apprentissage.

Choc démographique

Les projections du SIES montrent surtout que le choc démographique va arriver plus tard dans le supérieur. Les effectifs devraient continuer à progresser jusqu’au début des années 2030, pour dépasser légèrement 3,15 millions d’étudiants, avant de commencer à diminuer à partir de 2033.

Tous les établissements ne seront toutefois pas exposés de la même manière

Le décalage est logique : les générations moins nombreuses nées à partir de 2015 n’atteindront l’enseignement supérieur qu’une vingtaine d’années plus tard. La diminution du nombre de bacheliers entrant dans le supérieur commencerait, elle, à se faire sentir dès 2029.

Tous les établissements ne seront toutefois pas exposés de la même manière. Le SIES prévoit que les universités, notamment les licences générales, seront les premières touchées. À l’inverse, les écoles de commerce et d’ingénieurs, les établissements privés ainsi que certaines formations paramédicales pourraient encore progresser, grâce à l’augmentation des taux de poursuite d’études et à la diversification des parcours.

Davantage de concurrence

À terme, la démographie pourrait donc modifier profondément le rapport de force entre établissements. Moins de jeunes signifie davantage de concurrence pour attirer les étudiants, mais aussi davantage de pression sur les modèles économiques reposant sur une croissance continue des effectifs.

Pour les universités comme pour les écoles, la question ne sera plus seulement de savoir combien de places ouvrir, mais comment maintenir leur attractivité avec des générations moins nombreuses. L’école est déjà entrée dans cette nouvelle ère. Le supérieur dispose encore de quelques années pour s’y préparer.