Vie des campus

Le sup aux régionales : les programmes au banc d’essai

Par Théo Haberbusch | le | Stratégies

Le supérieur figure en bonne place dans les programmes des candidats qui s’affrontent au 2e tour des régionales, dimanche 27 juin. Campus Matin a pris le temps de lire leurs propositions et essaie d’en tirer huit enseignements.

Le second tour des élections régionales se déroulera le 27 juin. - © Photo by Arnaud Jaegers on Unsplash
Le second tour des élections régionales se déroulera le 27 juin. - © Photo by Arnaud Jaegers on Unsplash

Demandez le programme ! Campus Matin a sélectionné pour vous le meilleur (et le pire) des propositions des candidats aux régionales, à l’approche du second tour. Une approche non exhaustive, qui se fonde sur le travail de fourmi réalisé par News Tank (abonnés)  : l’agence d’information a examiné en détail les programmes des candidats qualifiés pour le second tour.

Voici ce que Campus Matin en retient.

1. La bonne nouvelle : le sup n’est pas oublié !

L’ESR est un enjeu stratégique - © D.R.
L’ESR est un enjeu stratégique - © D.R.

C’est un fait, la campagne des régionales ne se joue pas politiquement sur les enjeux liés à l’enseignement supérieur. Mais le sujet est bien présent dans les programmes (à de notables exceptions, nous y reviendrons). Les étudiants et leurs conditions de vie, la mobilité, les formations prioritaires à soutenir (notamment médicales ou paramédicales), le développement de campus ou de tiers lieu… autant d’items récurrents quels que soient la région ou le parti politique. 

L’observation des propositions en matière de recherche conduit à la même conclusion : l’enjeu apparait comme stratégique pour une majorité de candidats, même si dans ce domaine les spécificités régionales sont plus marquées - cela se traduit par des filières ou thématiques prioritaires à soutenir, par exemple. Le soutien à l’entrepreneuriat, en particulier des étudiants, figure également en bonne place. 

Dans le détail, les grandes intentions assez générales côtoient des propositions très ciblées… et les propositions sont rarement chiffrées.  

2. Les bons élèves…

Plusieurs candidats proposent de nombreuses idées - © D.R.
Plusieurs candidats proposent de nombreuses idées - © D.R.

S’il fallait récompenser les candidats au volume de propositions consacrées au supérieur et à la recherche, les nommés seraient sans doute Fabienne Grebert (Aura, EELV dont la liste a fusionné avec celles de Najat Vallaud-Belkacem et Cécile Cukierman), Denis Thuriot (Bourgogne Franche-Comté, LREM) et son adversaire Stéphanie Modde (EELV), tous deux très en verve. 

En Île-de-France, Julien Bayou (EELV, fusion avec Audrey Pulvar et Clémentine Autain) était aussi très inspiré par le sujet tout comme Clémentine Autain (LFI).

Parmi les présidents sortants, Hervé Morin (Normandie, LR) se distingue par le nombre de sujets ESR figurant à son programme. Il faut dire que son adversaire Laurent Bonnaterre (LREM) en fait de même.

En Nouvelle-Aquitaine, le candidat à sa réélection Alain Rousset (PS) affiche un copieux menu, tout comme ses adversaires Nicolas Florian (LR), Nicolas Thierry (EELV) et Geneviève Darrieussecq (Modem). Alain Rousset se veut très précis : créer une école vétérinaire à Limoges, soutenir Sciences Po et son campus à Poitiers, appuyer l’Université de la Rochelle, accompagner le « pôle image » d’Angoulême…

Du côté du Centre-Val de Loire, Marc Fesneau (Modem et LREM) n’a pas fait l’impasse sur le sujet et se distingue par le nombre de propositions. 

3.… et les cancres

Certains programmes font l’impasse sur le sujet ESR - © D.R.
Certains programmes font l’impasse sur le sujet ESR - © D.R.

À quoi reconnait-on un candidat du RN (Rassemblement national) ? À la quasi-absence de propositions concernant le supérieur et la recherche… Andréa Kotarac (Aura), Laurent Jacobelli (Grand Est), Edwige Diaz (Nouvelle-Aquitaine) et Jean-Paul Garraud (Occitanie) vérifient pleinement la règle. 

Leurs homologues Hervé Juvin (Pays de la Loire) et Thierry Mariani (Paca) affichent quelques idées. Le premier avec des bourses pour les étudiants en médecine et le second avec des tickets restaurants, des bourses de thèses et des priorités thématiques en recherche. Aleksandar Nikolic (Centre-Val de Loire) fait un effort avec des créations de places dans certaines filières (numérique, sanitaire-social et… sécurité) et prévoit un campus du numérique… au sein d’un « parc à thème » dédié à Léonard de Vinci.

Cachez ce sup que je ne saurais voir

Si le RN affiche un intérêt faible voire nul pour le monde universitaire, d’autres « mauvais élèves » sont à relever. À commencer par l’un des grands vainqueurs du premier tour, Xavier Bertrand (Hauts-de-France, LR) qui avance la prise en charge d’une partie de la mutuelle santé pour les étudiants et apprentis. Mais rien d’autre ! On se consolera (ou se désolera) en constatant que ses adversaires Karima Delli (PS) et Sébastien Chenu (RN) ne font pas mieux.

François Bonneau (Centre Val de Loire, PS) n’a pas non plus grand-chose à proposer de structurant, si ce n’est la création d’une faculté dentaire. Carole Delga (Occitanie, PS) n’oublie pas le sujet, mais semble davantage privilégier le volet recherche que celui dédié au supérieur.

3. Jeunesse et vie étudiante : gérer l’après-Covid

Aider les jeunes après la crise sanitaire, un sujet récurrent. - © D.R.
Aider les jeunes après la crise sanitaire, un sujet récurrent. - © D.R.

Le soutien aux jeunes et aux étudiants en particulier est mis en avant de manière régulière après plus d’un an de crise sanitaire, révélatrice des difficultés sociales de cette population.

François Bonneau (Centre Val de Loire, PS) évoque ainsi la prévention santé, l’achat d’ordinateurs ou la gratuité des transports pour les 18-25 ans. Renaud Muselier (Paca, LR) veut débloquer un million d’euros « dans les six mois » pour la vie étudiante et créer un ticket restaurant étudiant. François de Rugy (Pays de la Loire, LREM) propose de pérenniser les dispositifs de solidarité imaginés pendant la crise et ouvrir aux élèves de BTS et classes prépas le bénéfice du repas à 1 euro. Nicolas Thierry (Nouvelle-Aquitaine, EELV) s’engage à soutenir l’emploi étudiant par le recrutement de tuteurs chargés d’accompagner les lycéens…

À droite, Valérie Pécresse (Île-de-France, LR) prévoit le développement de l’hébergement d’urgence pour les étudiants à la rue et la « poursuite de l’accueil dans des hôtels des étudiants en grande précarité ». Elle planifie aussi la création de centres de santé, proches des universités et des Crous.

4. Les plus clivants

Des sujets de politique nationale apparaissent dans les programmes. - © D.R.
Des sujets de politique nationale apparaissent dans les programmes. - © D.R.

Comme pour le vin si l’on dégustait les programmes à l’aveugle saurait-on distinguer l'étiquette du parti concerné ? Rien n’est moins sûr tant le sujet ne semble pas clivant. Des exceptions existent néanmoins !

Certains marqueurs caractérisent les listes, notamment écologistes, qui valorisent la recherche sur des thématiques liées à l’environnement, les sciences participatives ou la rénovation des bâtiments universitaires énergivores. C’est le cas de Julien Bayou, en Île-de-France, et Clémentine Autain dont les listes fusionnent au second tour.

Clémentine Autain veut aussi « revoir le schéma régional des formations pour anticiper les besoins d’emploi liés à la transition écologique ». Et surtout, elle profite de son programme pour attaquer Parcoursup et la « contre-réforme » du lycée. Elle souhaite aussi « dresser un bilan de la distribution de l’argent public à la recherche privée par Valérie Pécresse », la présidente sortante.

5. Les plus originales

Quelques surprises dans les programmes ! - © D.R.
Quelques surprises dans les programmes ! - © D.R.

On se gratte un peu la tête pour trouver une réelle originalité dans les propositions liées au supérieur. 

Signalons la promesse (sans doute intenable du fait de l’autonomie universitaire) faite par Matthieu Orphelin (EELV) de réintégrer l’enseignement du Breton à l’Université de Nantes. Une réponse sans doute au collectif mobilisé au printemps sur le sujet.

Dans la même région des Pays de la Loire, François de Rugy (LREM) prévoit la prise en charge des coûts des tests linguistiques (TOEFL, TOEIC), sous conditions de ressources. Et pense aux personnes âgées avec l’idée de soutenir les « universités du 3e âge », parce que « la connaissance s’acquiert à tous les stades de la vie ».

Une mention « casque bleu » peut être décernée en Bourgogne Franche-Comté  à Stéphanie Modde (EELV dont la liste fusionne avec la socialiste Marie-Guite Dufray) qui souhaite « apaiser la concurrence universitaire entre Dijon et Besançon ». La région doit « devenir médiatrice et aider à rechercher la complémentarité en garantissant le siège du Crous et de la Comue (Université de Bourgogne et Franche-Comté) à Besançon ».

Enfin, Laurent Bonnaterre (Normandie, TDP-LREM) imagine une « réserve » de l’orientation professionnelle composée de chefs d’entreprises, de salariés, d’étudiants, de retraités à même de jouer un rôle de tuteur/mentor auprès des jeunes.

6. Le succès des campus connectés

Les campus connectés sont très cités. - © Campus by Adrien Coquet from the Noun Project
Les campus connectés sont très cités. - © Campus by Adrien Coquet from the Noun Project

Les campus connectés semblent faire recette ! Ces tiers lieux, lancés par le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche, et de l’innovation, en partenariat avec les collectivités et les universités, sont évoqués à plusieurs reprises.

C’est le cas dans les programmes de Denis Thurlot (LREM) en Bourgogne Franche-Comté, de Geneviève Darrieussecq (Modem-LREM) et Nicolas Florian (LR) en Nouvelle-Aquitaine, de Renaud Muselier (LR) en Paca, de Christelle Morançais (LR) en Pays de la Loire ou de Carole Delga (PS) en Occitanie. Cette dernière prévoit même de « doubler le nombre d’étudiants formés dans les campus connectés, notamment en zone rurale ». Marc Fesneau (Modem-LREM, Centre-Val de Loire) promet « au moins un campus connecté par département ».

Plus généralement, la promesse de développer des formations de « proximité » voire les « sites délocalisés », revient régulièrement, à l’image de Gilles Platret (Bourgogne Franche-Comté, LR). Ou encore de Charles Fournier (Pays de la Loire, EELV, fusion avec la liste de François Bonneeau) qui entend « inciter à la création et au développement d’antennes universitaires sur le territoire ».

7. La bataille de l’attractivité

Les régions se veulent attractives pour l’enseignement supérieur - © D.R.
Les régions se veulent attractives pour l’enseignement supérieur - © D.R.

L’attractivité de la région pour l’enseignement supérieur. Le terme est repris par Marie-Guite Dufay (PS, Bourgogne Franche - Comté) qui veut « défendre la création d’une faculté de médecine dentaire régionale et encourager l’implantation de grandes écoles »Marc Fesneau (Modem-LREM, Centre-Val de Loire) aussi parle d’attractivité et évoque précisément la création d’une faculté d’odontologie à Tours et le renforcement des capacités médiales à Orléans. 

En Normandie, Hervé Morin (LR) s’engage à « accueillir l’installation d’un établissement d’enseignement supérieur par an ».

8. Santé et immobilier

Le focus sur les formations de santé et paramédicales

1000 places supplémentaires promises par Renaud Muselier (Paca, LR) d’ici 2022 ; une bourse de 700 € par mois pendant les deux dernières années de formation, avancée par Aurélien Pradié (Occitanie, LR).

Les enjeux immobiliers

La construction et la rénovation de bâtiments universitaires et logements étudiants figurent aussi dans les programmes. Loïg Chesnais-Girard (Bretagne, PS - fusion avec Daniel Cueff) y  consacrera 50 millions d’euros « en particulier pour répondre à l’enjeu de rénovation thermique »Hervé Morin en Normandie souhaite un véritable « Plan Campus », représentant plus de 1 milliard d’euros d’investissements. 

En Île-de-France, Audrey Pulvar (PS), promet 4000 logements par an pour les étudiants et jeunes travailleurs, tandis que Valérie Pécresse (LR) table sur 13000 logements pour les étudiants.

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