Vie des campus

Sébastien Tran : « Que les étudiants puissent être les concepteurs de nouveaux mondes »

Par Marine Dessaux | Le | Stratégies

Le directeur général du Pôle Léonard de Vinci, Sébastien Tran, partage ses espoirs dans les nouvelles générations et les tendances qui se profilent pour les métiers d’avenir. Des vœux 2023 qui font écho à la thématique de notre événement Think Éducation et Recherche autour des « raisons d’être » de l’enseignement supérieur. Un avant-goût avant les échanges programmés le 26 janvier à Sorbonne Université !

« L’enseignant a une fonction sociale et sociétale », estime Sébastien Tran. - © Jonathan Riquier / EMLV
« L’enseignant a une fonction sociale et sociétale », estime Sébastien Tran. - © Jonathan Riquier / EMLV

En juin 2022, le Pôle Léonard de Vinci publiait son livre blanc Tech, le monde d’après. Un défi pour l’enseignement supérieur. Un document qui vise à analyser les défis de l’enseignement supérieur face aux mutations sociétales et technologiques et qui entre en résonance avec la thématique de Think Éducation & Recherche 2023, l'événement organisé par Campus Matin et News Tank, du 24 au 26/01/2023.

Nous avons donc interrogé Sébastien Tran, directeur général du pôle qui regroupe trois écoles de commerce, d’ingénieurs et du numérique depuis février 2022. Celui qui est également enseignant-chercheur en sciences de gestion et doctoreur en économie industrielle exprime ses vœux pour l’ESR.

Notre événement de début d’année, Think Éducation et Recherche s’intéressera aux « raisons d'être » de l’ESR. Et vous, quel sens mettez-vous derrière les missions que vous avez choisi d’exercer ?

Sébastien Tran : Le choix de mon orientation dans l’enseignement supérieur est dicté par des convictions personnelles. Mon souhait est de former des étudiants à leur futur métier et de transmettre une vision de ce que nous, enseignants, pouvons percevoir sur les futurs défis de notre société. J’envisage mon métier avec une vision citoyenne.

Sébastien Tran est le directeur général du Pôle Léonard de Vinci. - © @GUILLAUMENFS
Sébastien Tran est le directeur général du Pôle Léonard de Vinci. - © @GUILLAUMENFS

Au Pôle Léonard de Vinci, nous parlons beaucoup de développement durable, des enjeux des transitions. Nous souhaitons inculquer aux étudiants un certain nombre de valeurs au cours de leur formation, notamment sur la manière de concevoir leur pratique professionnelle. Les organisations qu’ils s’apprêtent à rejoindre façonnent nos modes de vie. Je voudrais que ces étudiants puissent être les concepteurs de nouveaux mondes, de nouvelles manières de consommer.

Le Pôle Léonard de Vinci possède également une grande sensibilité à l’innovation et la technologie. Cette dernière est omniprésente. La question maintenant est de savoir comment la remodeler pour changer nos comportements de manière globale. Il s’agit pour eux de raisonner en prenant en compte de plus en plus d’enjeux : les problématiques politiques, sanitaires, de ressources… Plus nous aurons été en mesure de former à cette nouvelle complexité, plus se développeront de nouvelles manières de travailler.

L’enseignant peut insuffler de la confiance

En outre, mon appétence pour la pédagogie me vient d’enseignants qui ont eu un énorme impact sur ma vie professionnelle et personnelle. J’ai eu de très bons professeurs qui m’ont donné confiance en moi, m’ont permis d’atteindre des objectifs qui me semblaient impossibles. L’enseignant a une fonction sociale et sociétale : il peut insuffler de la confiance à une certaine population jeune qui n’envisage pas forcément de viser haut dans leurs études. Et cela, sans tomber dans un travers qui voudrait que tout le monde fasse une grande école pour réussir.

Quelle est la raison d’être d’une organisation qui vous parle tout particulièrement ? Et son rôle pour l’avenir ?

Plutôt que dire The Shift Project, qui serait une réponse très conventionnelle, je voudrais partager une conviction : celle que pour changer le monde au regard des enjeux de transition climatique et énergétique, il faut aussi transformer les organisations existantes de l’intérieur.

En les pointant du doigt, on se trompe de débat. Ces grandes entreprises, comme Danone, Accord ou Total, qui sont des acteurs incontournables de nos vies, doivent se réinventer. Nous ne pouvons pas avancer uniquement avec des start-up.

Emmanuel Faber, écarté de la direction de Danone, a publié « Ouvrir une voie »  - © Editions Paulsen
Emmanuel Faber, écarté de la direction de Danone, a publié « Ouvrir une voie » - © Editions Paulsen

Plus qu’évoquer les entreprises, ce sont les personnes qui les dirigent que j’aimerais mettre en avant. Ceux qui sont à contre-courant et qui ont parfois eu le courage de modifier le modèle économique de leur société ou de soutenir des projets qui ne l’auraient pas été avant.

Je pense notamment à l’ancien P-DG de Danone, Emmanuel Faber, qui a écrit un livre Ouvrir une voie où il partage ses convictions. C’est à partir de son expérience d’alpiniste chevronné qu’il tire des conclusions pour la transformation de Danone. En montagne, la nature est la plus forte, il faut prendre le minimum vital, observe-t-il. Or, nous avons tendance à vouloir nous surcharger d’objets et de services. Le parallèle avec notre société est très intéressant.

Ces sujets sont par ailleurs au cœur de notre réflexion et de notre plan stratégique. Comment la technologie peut-elle créer un monde meilleur sans tomber dans le solutionnisme technologique ? Un institut pour les technologies du futur s’apprête à être lancé afin que les étudiants puissent travailler sur la création de prototypes et d’innovation en parallèle des cours.

La transition écologique pose beaucoup d’autres questions : quid de l’international qui est obligatoire dans les cursus, alors que les étudiants souhaitent partir loin ? Comment faire émerger cette prise de conscience pour que les comportements des étudiants changent ? Pour l’heure, nous sommes dans une politique d’incitation afin de privilégier le train à l’avion.

C’est l’une des autres thématiques de Think : quelles seront les compétences et les métiers d’avenir ?

La donnée, c’est l’or noir du 21e siècle !

De nouveaux métiers émergeront autour de la data : dans le domaine de l’intelligence artificielle, le métavers, la blockchain. La donnée est devenue l’équivalent du pétrole, c’est l’or noir du 21e siècle ! Autre domaine qui nécessite des personnes avec un très haut niveau de certification : la cybersécurité.

Il deviendra par ailleurs de plus en plus important d’intégrer les aspects de développement durable et RSE notamment au regard de la réglementation. Avec ces tendances en tête, nous avons ouvert une majeure « innovation & sustainable business management » au sein de l’école de management EMLV et une nouvelle majeure « agriculture and food engineering » à l’école d’ingénieur ESILV. Nous souhaitons également lancer un fonds d’amorçage pour les start-up sur les technologies dites vertes.

Nous pouvons anticiper sur ces sujets grâce à nos échanges avec les comités de perfectionnement incluant les entreprises et aux enseignants-chercheurs qui travaillent sur des domaines émergents.

À titre d’exemple, nous avons lancé une chaire avec le cabinet de conseil Obea sur les futures pratiques professionnelles dans un monde post-covid. Elle répondra notamment aux questions : comment transformer les pratiques managériales ? Comment maintenir le lien social avec l’augmentation du télétravail plusieurs jours par semaine ?

La thématique de Think 2023

Ces vœux portent sur la thématique de l’événement annuel de News Tank Éducation et Recherche, Think, dont le thème 2023 est « Raisons d’être : missions, solutions, transitions pour l’ESR ».

Parmi les conférences, retrouvez notamment « Métiers et compétences d’avenir : repenser les formations » ; « International : aussi ouvert que possible, aussi fermé que nécessaire ? » ; « Transitions : ce qui doit changer dans l’ESR ».

Nous vous donnons rendez-vous :
• pour nos webinaires des 24 et 25 janvier à 11 h,
• et le 26 janvier, en présentiel sur le campus Pierre et Marie Curie de Sorbonne Université. 

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