Vie des campus

Vœux de Sylvie Retailleau à l'ESR : "Changer le quotidien des chercheurs"

Par Isabelle Cormaty | Le | Stratégies

C’est sur Campus Matin que la ministre de l’enseignement et de la recherche formule ses vœux aux personnels et enseignants-chercheurs de l’ESR ! Sylvie Retailleau détaille ses priorités pour l’année 2023 et revient notamment sur les mesures prises par le gouvernement pour simplifier la LPR, renforcer l’attractivité du doctorat et les carrières des chercheurs. Elle évoque aussi le rôle des edtechs dans l’enseignement supérieur.

Sylvie Retailleau est ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche depuis mai 2022. - © MESR
Sylvie Retailleau est ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche depuis mai 2022. - © MESR

Quelles sont vos priorités pour l’année 2023 ? 

Sylvie Retailleau : Vous commencez à connaitre mon tempérament, je n’aime pas répondre à cette question, car je voudrais pouvoir mener tous les chantiers de front. Toutefois je retiens trois sujets qui vont particulièrement me mobiliser.

Le premier, c’est donner à la jeunesse les perspectives dont elle a besoin pour construire son futur, transformer la société, réussir la transition écologique. C’est d’ailleurs pour cela que la transition écologique est l’une de mes priorités dans les trois piliers de l’ESR. Nous devons offrir aux étudiants les formations qui répondent à leurs attentes et aux besoins du pays.

Le second chantier est intimement lié : il s’agit d’offrir à cette jeunesse les conditions d’égale réussite pour construire cet avenir. Je fais bien sûr référence à la concertation engagée sur la vie étudiante, qui doit notamment nous permettre d’améliorer le système de bourses sur critères sociaux.

Je souhaite changer le quotidien des chercheurs

Enfin, et ce n’est pas la moindre de mes priorités, je souhaite changer le quotidien des chercheurs, leur simplifier la vie et faire évoluer notre organisation collective. Il nous faut pour cela continuer à accélérer la mise en œuvre de la Loi de programmation de la recherche (LPR), mieux articuler nos organismes nationaux de recherche et les universités ainsi que poursuivre le déploiement de France 2030.

Vous voulez faire atterrir de nombreuses réformes lancées durant le précédent quinquennat, notamment simplifier la LPR. Quel message adressez-vous aux chercheurs et enseignants-chercheurs en attente d’évolutions de carrière ? 

L’accord rémunérations et carrières a été le 12 octobre 2020 à Matignon. - © D.R.
L’accord rémunérations et carrières a été le 12 octobre 2020 à Matignon. - © D.R.

Je vous confirme que nous avons déjà commencé à prendre des mesures pour simplifier la LPR. Enseignante-chercheuse, je l’ai au fond été toute ma carrière. C’est donc un message de confiance et d’ambition que je veux porter !

Nous venons de fêter les deux ans de la promulgation de la LPR, qui comprend près de 25 milliards d’euros au total, dont plus de 2,1 milliards d’euros ont déjà été investis, dans le respect de sa trajectoire.

Si le gouvernement déploie cet effort, c’est parce que nous sommes convaincus que la France doit former, attirer et garder ses chercheuses et chercheurs. Avec un accord social d’amélioration des rémunérations et des carrières inédit, la LPR permet une rémunération plus attractive en début d’activité, mais aussi un développement de carrière plus dynamique.

En moins de deux ans, la rémunération à l’embauche a progressé de plus de 20 % ! Et près de 2500 promotions nouvelles ont bénéficié à nos personnels de recherche en 2021 et 2022. Nous atteindrons les 6000 promotions au terme de l’application de la LPR.

De même sur la partie indemnitaire de base de tous les chercheurs et enseignants-chercheurs, nous sommes passés de 1200 € en 2019, à 3500 en 2023. Elle atteindra à terme 6400 €, soit une augmentation de 82 % !

Ces mesures qui permettent une reconnaissance du talent de tous nos personnels impliqués en recherche, mais surtout, et sur le temps long, des possibilités de développement de carrière et d’épanouissement professionnel. Je pense également que tous les programmes de recherche que nous venons de lancer avec France 2030 sont de vraies opportunités pour accélérer la recherche dans des domaines très variés, du quantique aux biothérapies en passant par l’étude des planètes.

Vous avez affirmé vouloir mener une réflexion collective sur les conditions d’exercice des métiers de l’ESR. Alors que de nombreux établissements ont des difficultés à recruter et fidéliser leurs personnels, quels vœux formulez-vous pour leur attractivité ? 

Je crois que les conditions de rémunérations et les perspectives d’évolutions que je viens d’évoquer sont une donnée essentielle d’attractivité. Mais elles ne font pas tout, je vous l’accorde.

135 chaires de professeur junior ont été attribuées en 2022. - © France Universités - Université de Haute-Alsace
135 chaires de professeur junior ont été attribuées en 2022. - © France Universités - Université de Haute-Alsace

La LPR expérimente de nouveaux modes de recrutement sur des profils innovants avec les chaires de professeur junior. Les premiers retours sont très bons pour ce qui est du recrutement des chercheurs internationaux, ils représentent plus de la moitié des candidats. D’ailleurs ce dispositif permet plus facilement le retour de nos jeunes talents partis en postdoc à l’étranger. Je veux toutefois travailler à une meilleure représentation des femmes dans ces chaires.

Par ailleurs, la recherche demande également des infrastructures de recherche performantes. Je suis très attachée à ce que la France demeure membre des plus grandes infrastructures de recherche internationales, qui permettent à nos chercheurs d’accéder aux meilleurs équipements.

Grâce à la LPR, nos chercheurs pourront par exemple bénéficier des retombées du futur radiotélescope géant SKA en Afrique du Sud et Australie, et nous allons contribuer à moderniser la flotte océanique française.

Nous devons redonner du temps aux chercheurs

Enfin, je suis convaincue nous devons redonner du temps aux chercheurs, qui passent aujourd’hui, j’en suis consciente, encore trop de temps pour des tâches éloignées de leur travail de recherche, il faut leur simplifier la vie ! C’est l’un des objectifs de la mission que j’ai confiée à Philippe Gillet (voir encadré).

Le rapprochement universités-organismes de recherche.

Philippe Gillet, directeur scientifique de l’entreprise Sicpa et professeur à l’EPFL dont il fut vice-président, est chargé par Sylvie Retailleau d’une mission sur les relations entre universités et organismes de recherche. 

Pour cela, la ministre a demandé en décembre 2022 à celui qui a présidé l’ANR en 2007 et dirigé le cabinet de Valérie Pécresse lorsqu’elle était ministre de l’ESR (2007-2010), de mettre en place deux groupes de travail.

Un point d’étape sera effectué en février pour remise d’un rapport final en avril « dans l’optique d’une mise en œuvre opérationnelle en septembre 2023 ».

Les personnels des unités de recherche vont-ils voir leur situation changer avec le rapprochement des universités et des organismes que vous souhaitez engager ?

Notre ambition est de transformer notre organisation collective en matière de recherche pour donner la possibilité à nos chercheurs de rester au meilleur niveau, et ne jamais courir le risque d’un décrochage. C’est pourquoi nous avons souhaité, avec le président de la République et la Première ministre, redéfinir la place et le rôle respectifs des organismes nationaux de recherche et des universités.

L’objectif est de positionner les premiers en agences nationales de programme et de projets, afin de nous redonner une capacité collective à explorer et à piloter de grands programmes de recherche dans tous les domaines. Bien sûr, ils devront définir, pour les programmes dont ils ont la responsabilité, la gouvernance avec l’ensemble des acteurs, l’implémentation des projets, la veille scientifique et stratégique…

Les universités, qui sont acteurs de l’enseignement supérieur comme de la recherche, seront-elles à la manœuvre au niveau territorial, en bonne articulation avec les organismes nationaux.

Cette évolution n’induira aucune modification du statut des personnels

Ces évolutions s’inscrivent dans ce que nous avons lancé depuis près de cinq ans. Elles doivent l’accélérer avec un objectif ambitieux : permettre une meilleure efficacité d’ensemble et une meilleure visibilité, notamment à l’international.

Cette évolution n’induira aucune modification du statut des personnels. Je souhaite aussi que des mesures efficaces et pragmatiques pour simplifier la gestion de nos laboratoires de recherche soient identifiées et commencent à être mises en place à la rentrée 2023.

Alors que le doctorat souffre d’un défaut d’attractivité, vous avez annoncé une revalorisation de l’ensemble des contrats doctoraux dès 2023. Un message pour la communauté des doctorants ?  

Plus de 2200 contrats doctoraux supplémentaires sont programmés. - © Sorbonne U
Plus de 2200 contrats doctoraux supplémentaires sont programmés. - © Sorbonne U

Les doctorantes et doctorants sont les forces de la recherche de demain ! La LPR a pour objectif d’attirer une nouvelle génération de talents vers les métiers de la recherche. Ceci à la fois en augmentant le nombre des doctorants et en les rémunérant mieux.

Déjà plus de 700 nouveaux emplois de doctorants ont été créés avec une rémunération qui dépasse dès ce mois-ci les 2000 euros bruts, soit une augmentation de plus 16 % en 2 ans. À terme, plus de 2200 contrats doctoraux supplémentaires sont programmés, soit une augmentation de 20 % par rapport à 2020, avec une rémunération qui atteindra 2300 euros bruts mensuels en 2026 (soit +30 %).

Sur un thème cher à Campus Matin, le salon Educatech a montré toutes les potentialités des solutions numériques pour le scolaire. Quelle place pour les technologies dans le supérieur public et privé en 2023 ?

Le salon Educatech s’est déroulé du 30 novembre au 2 décembre à Paris. - © Weyou group
Le salon Educatech s’est déroulé du 30 novembre au 2 décembre à Paris. - © Weyou group

Les edtechs ont un rôle évident dans le supérieur, à la fois pour l’accès aux enseignements, mais également pour la pédagogie et améliorer la qualité des enseignements. C’est pour cela que nous devons en soutenir le déploiement. J’entends régulièrement qu’il est plus difficile de faire sa place dans le supérieur que dans le second degré. Je pense que cela est malheureusement exact, car le supérieur est moins centralisé.

Nous en avons conscience, mais il faut aussi le voir comme une opportunité, car il y a bien plus de preuves de concepts possibles ! Je sais que France Universités a fait un gros travail en lien avec l’écosystème de la edtech et sur lequel il faut capitaliser, en particulier pour faciliter le passage à l’échelle.

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