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En mission scientifique, prévenir plutôt que guérir


« Parce qu’il serait dommage que vos recherches reviennent mais pas vous » : c’est l’accroche de la journée de conférences organisée en novembre prochain par l’Université de Rouen Normandie, dédiée aux risques inhérents aux missions de terrain. Rencontre avec des acteurs concernés par cette problématique de sécurité, au sein de l’établissement normand.

Maxime Debret, maître de conférences à l’Université de Rouen Normandie, en mission dans les Shetland - © D.R.
Maxime Debret, maître de conférences à l’Université de Rouen Normandie, en mission dans les Shetland - © D.R.

Imaginez-vous par 60 degrés nord, ballotté sur un petit canot en toile, en pleine tempête. C’est ce qui est arrivé à Maxime Debret et ses compagnons d’expédition, en juillet dernier. Le cadre : une mission aux îles Shetland, à l’extrême nord de l’Écosse, pour réaliser des prélèvements de carottes sédimentaires, pour ses recherches en paléoclimatologie : « On étudie l’ancien pour remettre en perspective le changement climatique actuel », explique le maître de conférences au laboratoire Morphodynamique continentale et côtière (M2C).

« On a beau prévoir une ribambelle de scénarios pour éviter de se retrouver pris au dépourvu, il y a toujours des choses qui arrivent à nous surprendre, malgré le travail d’anticipation. » En l’occurrence dans ce cas-là, « on a dû attendre le retour au calme pour pouvoir manœuvrer le canot à la rame ». Avant le départ, tout un travail de listage des risques avait été mené avec Élodie Langer, ingénieure en prévention à l’Université de Rouen Normandie (URN) : un rôle clé, à la croisée de la prévention, de la sécurité et du bien-être des chercheurs et chercheuses de l’université.

Chaleur, froid, parasites, risque infectieux…

Maxime Debret, maître de conférences au laboratoire Morphodynamique continentale et côtière (M2C) - © D.R.
Maxime Debret, maître de conférences au laboratoire Morphodynamique continentale et côtière (M2C) - © D.R.

« Le corps est le premier équipement du chercheur sur le terrain, il convient de le protéger », souligne l’ingénieure. Au besoin, des équipements de protection individuelle (EPI) sont mis à disposition du missionnaire : casque, chaussures de sécurité, gilet de sauvetage, vestes et pantalon en Gore-Tex, pour supporter le froid et l’humidité, liste Élodie Langer. Son travail de prévention se décline en trois axes : « La préparation, la mission en elle-même, le retour/récupération. Pendant la mission, le confort, limité, doit être préservé car il participe directement à la sécurité ». Géologie, géographie, écologie, archéologie : à Rouen, quatre disciplines sont concernées par des départs en mission, en France et à l’étranger.

Le corps est le premier équipement du chercheur sur le terrain

Parasites, risque infectieux, animaux dangereux, zones de conflit, zones blanches… « Il y a les risques liés au milieu, et ceux liés à l’activité en elle-même. La météo a aussi un impact sur le corps, avec le froid ou la chaleur qui fatiguent. Mais aussi le bruit des équipements mobilisés pour la mission, comme les marteaux-piqueurs ou les générateurs de courant. » Dans un contexte où le chercheur bivouaque, Élodie Langer passe un message : « Il faut se ménager, même en cas de longs trajets, notamment de marche : le corps ne peut pas se reposer comme il le devrait ».

C’était le cas pour la mission de Maxime Debret, aux Shetland : « Au-delà des moments de prélèvements en eux-mêmes, il y avait les heures de marche pour se rendre sur les lieux, lestés de matériel entre 200 et 300 kg. Les journées sont à rallonge, sans temps de pause pour les chercheurs, qui veulent tirer profit au maximum de leur présence sur place, généralement une quinzaine de jours : la fatigue accumulée accroît les risques de blessure ». Le rôle d’Élodie Langer est alors de tirer la sonnette d’alarme quant à ces risques, et à sonder quant au matériel utilisé : « Les vêtements sont-ils adaptés au milieu, les chaussures tiennent-elles bien les chevilles ? Les moyens de portage sont-ils adaptés ? Il serait dommage que toute la mission soit remise en cause pour un rhume, une entorse ou un torticolis ».

Des Shetland au Sahara

Maxime Debret, maître de conférences à l’Université de Rouen Normandie, en mission dans le Sahara - © D.R.
Maxime Debret, maître de conférences à l’Université de Rouen Normandie, en mission dans le Sahara - © D.R.

Maxime Debret est un habitué des déplacements : voilà vingt ans, depuis sa thèse, qu’il part chaque année en mission pour les besoins de ses prélèvements sédimentaires. « J’ai commencé par le sud des Alpes, puis la Tunisie, le Vietnam, la Chine… » Différents théâtres d’opérations, aux risques très variés. « Dans les Shetland, l’été dernier, c’est le risque climatique et celui de se retrouver en zone blanche qui priment. Dans le Sahara, c’est la chaleur et le fait que la zone soit la proie de conflits armés. On ne peut s’y déplacer sans contacts sur le terrain, en l’occurrence l’armée et un guide local, très bien informé sur les zones minées. »

« J’ai vu le rôle de l’université se renforcer pour la préparation des missions, et c’est très bien comme ça ! Il y a tellement de choses à prévoir, en tant que maître de conférences en paléoclimatologie, je ne peux pas penser à tout ! Il est normal que l’URN, notre employeur, se préoccupe de la sécurité de ses employés sur le terrain. D’autant que la nourriture, l’eau, la logistique, les autorisations de se déplacer… tout est imbriqué. » Élodie Langer abonde : « Depuis trois ans que j’ai repris le dossier, on s’est progressivement dotés d’équipements mutualisés : un téléphone satellite, des filtres à eau, et des trousses de secours bien garnies. Une quarantaine de nos chercheurs sont aussi formés au secourisme, car selon les zones où l’on se trouve, même en France, on peut se retrouver avec un temps conséquent d’intervention des secours ».

Accoutumance aux risques

Élodie Langer, ingénieure en prévention à l’Université de Rouen Normandie (URN) - © D.R.
Élodie Langer, ingénieure en prévention à l’Université de Rouen Normandie (URN) - © D.R.

Listés de A à Z, les risques sont passés en revue avec le candidat au départ, sur une fiche élaborée par la Direction de la prévention des risques. « Je sais que plusieurs universités procèdent ainsi, souligne Élodie Langer. À ceux qui partent régulièrement, c’est important de faire des piqûres de rappel quant aux risques potentiels. Car quand on part souvent, on peut se retrouver dans une forme d’accoutumance aux risques, et donc une vigilance moindre. D’où la nécessité de rediscuter les pratiques », et l’importance des protocoles mis en place. Dans les unités de recherche, les assistants de prévention sont le premier maillon de la prévention des risques.

Un travail d’anticipation « bien utile quand on n’est pas habitué aux missions », abonde Lucie Vincenot. L’écologue au Laboratoire Étude et compréhension de la biodiversité (Ecodiv) a réalisé sa première mission à l’étranger en avril 2025, à Cuba. « J’y ai rejoint ma doctorante pour réaliser des prélèvements de racines et de sol, en vue d’étudier les interactions microbiennes dans ces milieux métallifères. » La mission comprenant une partie bivouac, « tout a été passé en revue avec Élodie Langer : la présence éventuelle d’animaux dangereux, les vaccins à prévoir, les visas à demander, le matériel à acquérir ».

L’importance des relais sur le terrain

Lucie Vincenot a grandement apprécié le soutien de son université dans la préparation de sa mission : « Avant cela, je n’avais pas conscience qu’il y avait autant de choses dont se préoccuper ! » L’écologue insiste sur l’importance « de disposer de relais sur le terrain » mais aussi sur place, en France : « J’avais pris soin de laisser mes coordonnées, le numéro de mon passeport, les informations relatives à mes vols et mes logements à un collègue de mon labo, en cas de problème ».

Grâce aux conseils d’un autre collègue de l’Institut de recherche en développement (IRD) plus habitué aux missions, « j’ai pu prévoir dans mes bagages des filtres à eau, des cachets de purification, et des aliments conditionnés en conserve, barres énergétiques et lyophilisés pour le bivouac, sans oublier des médicaments en nombre, que j’ai pu laisser sur place. Un surplus de bagages, largement justifié ! »

Le poids des bagages

 Lucie Vincenot, écologue au Laboratoire Étude et compréhension de la biodiversité (Ecodiv) - © D.R.
Lucie Vincenot, écologue au Laboratoire Étude et compréhension de la biodiversité (Ecodiv) - © D.R.

« Attention à ne pas vouloir trop rapidement s’en délester », témoigne Maxime Debret. « Dans les Shetland, nous prévoyions systématiquement des tenues de rechange. Il est tentant de ne pas vouloir les prendre pour alléger son sac, mais ce serait une erreur ! » Élodie Langer témoigne, elle, des échanges mis en place avec différents partenaires, pour un retour d’expérience bénéfique « qu’il s’agisse de l’Université de Caen avec qui on travaille beaucoup, ou encore le Museum national d’histoire naturelle-MNHN ».

Pour Maxime Debret, « au Sahara, sans notre partenaire l’université marocaine Mohamed VI Polytechnique, ce serait juste impossible de se rendre sur le terrain ! ». Élodie Langer n’oublie pas non plus de mentionner « le bilan de la mission, une fois le chercheur de retour en pleine possession de ses moyens ! Il s’agit alors de confronter nos préconisations à la réalité du terrain ! »

De la préparation à la récupération : regards croisés d’experts

Quelles stratégies de travail en zone difficile (milieu extrême, zone de conflit…) ? Comment préserver sa santé et son capital humain (maladies, nutrition…) ?

Conçu par la Direction de la prévention des risques de l’Université Rouen Normandie, le programme de cette journée s’adresse aux chercheurs, expérimentés ou en début de carrière, concernés par un départ en mission ; ainsi qu’aux acteurs de la prévention et de la sécurité des établissements d’enseignement supérieur.

Kiné, nutritionniste… Tout au long de cette journée, des experts de différents domaines partageront leur retour d’expérience et leurs conseils concrets.

Une journée pourvoyeuse de repères concrets pour anticiper les défis du terrain et préparer efficacement toute future mission.

• Rendez-vous le 10 novembre 2026, campus de Mont-Saint-Aignan, Université Rouen Normandie

• Inscription obligatoire avant le 28 octobre 2026