Les jeunes diplômés face au vieux Continent
L’Europe reste un continent attractif pour les jeunes diplômés. C’est le résultat de l’étude réalisée par l’ESCP* dont voici les principaux enseignements.
Dans un contexte de tensions économiques, de défiance institutionnelle et d’incertitudes géopolitiques, les jeunes continuent de voir l’Europe comme un espace d’avenir. C’est l’un des principaux enseignements de la première édition de l’étude « Live, Learn & Love in Europe », dévoilée par ESCP Business School. Une enquête qui dessine le portrait d’une génération à la fois mobile, attachée à la qualité de vie à l’européenne et préoccupée par l’avenir du continent.
Espace de libertés
Premier constat : l’Europe demeure un territoire très attractif. 91 % des répondants se disent satisfaits de la qualité de vie et 90 % envisagent d’y travailler après leurs études. Loin de céder au pessimisme ambiant, les jeunes interrogés associent encore le continent à un espace de libertés, d’équilibre, de multiculturalisme et d’opportunités.
Cette attractivité repose d’abord sur un modèle de vie. L’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle apparaît comme la première raison pour laquelle ils souhaitent y construire leur carrière, cité par 46 % des répondants, devant les opportunités professionnelles et les valeurs communes.
Cette aspiration dit beaucoup du rapport au travail des nouvelles générations. Les jeunes diplômés ne rejettent pas l’ambition professionnelle, mais ils refusent de la dissocier de leur qualité de vie, de leurs valeurs et de leur capacité à se projeter dans un environnement stable. Le vieux continent apparaît ainsi comme un compromis désirable entre carrière, liberté individuelle et sécurité collective.
Identité européenne
52 % envisagent de créer une entreprise en Europe
L’étude révèle également une forte dynamique entrepreneuriale. Plus de la moitié des répondants, soit 52 %, envisagent de créer une entreprise en Europe. Ce chiffre atteint même 87 % chez les étudiants du Bachelor. Loin de l’image d’une jeunesse attentiste, cette donnée montre une génération prête à agir, à innover et à inscrire ses projets dans un cadre européen.
Pour les établissements d’enseignement supérieur, il faut y voir sans doute un signal fort : on ne parle pas simplement d’un espace d’études ou de mobilité, mais aussi d’un terrain de création, d’engagement et d’expérimentation.
Autre enseignement majeur : une identité européenne semble se consolider chez les étudiants. Près de 89 % des répondants déclarent se reconnaître dans le mode de vie européen. Ils considèrent l’Europe comme un espace de coopération, de diversité culturelle et de liberté.
Cette identification n’est pas seulement administrative ou géographique ; elle renvoie à une manière de vivre, d’apprendre, de travailler et de construire son avenir. Dans une période où le projet européen est régulièrement interrogé, cette adhésion générationnelle constitue un élément important.
Contraintes très concrètes
63 % déclarent rencontrer des difficultés pour se loger
Mais cet optimisme ne masque pas les difficultés. 94 % des répondants considèrent que le coût de la vie en Europe est élevé et 63 % déclarent rencontrer des difficultés pour se loger.
L’attractivité européenne se heurte donc à des contraintes très concrètes. Logement, pouvoir d’achat, bureaucratie et confiance dans les institutions sont autant de points de tension qui peuvent fragiliser l’expérience étudiante et l’installation durable des jeunes diplômés.
La dimension relationnelle révèle aussi une forme de paradoxe. Si 82 % des répondants estiment qu’il est facile de rencontrer de nouvelles personnes et 75 % qu’il est facile de se faire des amis, ils sont moins nombreux à considérer qu’il est simple de construire des relations profondes ou de maintenir une relation amoureuse stable.
Enfin, l’étude met en évidence une confiance nuancée dans l’avenir du continent. 68 % des répondants se disent optimistes quant à l’avenir de l’Europe, mais seuls 52 % jugent les institutions européennes transparentes et dignes de confiance. Les jeunes identifient la démocratie, la stabilité politique, la sécurité internationale, les migrations et l’intégration comme des défis majeurs pour la prochaine décennie.
Optimisme exigeant
Les jeunes ne tournent pas le dos à l’Europe
Pour ESCP, cette enquête s’inscrit dans une démarche stratégique. Avec ses campus à Berlin, Londres, Madrid, Paris, Turin et Varsovie, l’école revendique une expérience académique paneuropéenne. Elle entend reconduire cette étude chaque année jusqu’en 2030 afin de mieux comprendre les attentes d’une génération appelée à façonner l’avenir du continent.
Cette première édition montre que les jeunes ne tournent pas le dos à l’Europe. Ils y voient encore un espace de projection, d’opportunités et de valeurs. Mais leur optimisme est exigeant. Il suppose que l’ensemble des pays soit capable de répondre aux problèmes très concrets du quotidien, tout en restant fidèle à ce qui fait sa singularité : la liberté, la coopération, la diversité et l’équilibre de vie.
*« Live, Learn & Love in Europe » : étude réalisée par ViaVoice entre janvier et mars 2026 auprès de plus de 900 étudiants et jeunes diplômés de l’école, âgés de 18 à 35 ans, issus de ses six campus européens.