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OpenClassrooms partenaire des écoles et universités, mais les entreprises comme cible prioritaire

Par Isabelle Cormaty | le | Edtechs

OpenClassrooms, le site de formation en ligne fleuron de la edtech française a vu son activité exploser depuis la crise sanitaire. Et l’entreprise a annoncé fin avril une levée de fonds de 80 millions de dollars en Série C, soutenue notamment par… Mark Zuckerberg, P-DG de Facebook.

Relations avec les établissements du supérieur, impacts de la crise sanitaire, modèle économique et perspectives de développement… Le cofondateur de l’entreprise, Pierre Dubuc détaille pour Campus Matin les évolutions récentes d’OpenClassrooms.

Pierre Dubuc est le CEO d’OpenClassrooms, entreprise qu’il a cofondée avec Mathieu Nebra. - © CHOUKHRI DJE
Pierre Dubuc est le CEO d’OpenClassrooms, entreprise qu’il a cofondée avec Mathieu Nebra. - © CHOUKHRI DJE

80 millions de dollars, soit 70 millions d’euros. C’est le montant de la levée de fonds réalisée par l’entreprise edtech OpenClassrooms, annoncée le 25 avril dernier. Le cofondateur et dirigeant de l’entreprise, Pierre Dubuc revient sur le modèle économique, les évolutions récentes et les perspectives de développement d’OpenClassrooms.

Au premier trimestre 2021, vous avez enregistré une augmentation du chiffre d’affaires de 250 % par rapport à la même période en 2020. Comment expliquez-vous cette croissance ?

Pierre Dubuc : Nous n’avons pas été contraints de passer nos activités à distance avec la crise. Depuis de nombreuses années, nous maîtrisons la formation en ligne. Nous avons une très bonne compréhension des enjeux, de ce qui fonctionne en ligne et ce qui ne fonctionne pas. Nous utilisions déjà une méthodologie pédagogique basée sur les projets et les compétences avec des diplômes RNCP.

Nous maîtrisons complètement notre plateforme technologique, donc nous avons pu répondre à la demande et monter à l’échelle très vite. Tout était déjà mis en place. Nous comptons doubler nos effectifs et recruter 300 personnes en France d’ici la fin de l’année 2021. 

Depuis la crise sanitaire, le profil de vos apprenants et les contenus de cours ont-ils changé ?  

Il y a eu une accélération des tendances

Il y a eu une accélération des tendances. Nous avons eu davantage de demandeurs d’emploi et de publics spécifiques en lien avec les plans de relance. Ces personnes ont besoin de contenus grand public sur les compétences digitales de base. Tous les contenus sur la littératie numérique étaient déjà très prisés et le sont restés.  

Nous recevons aussi beaucoup de demandes pour des contenus sur la création et la reprise d’entreprises et sur des domaines que nous ne couvrons pas encore comme la santé, les services à la personne, les métiers en tension. Nous allons couvrir une partie de ces secteurs à terme et nous allons probablement sortir une nouvelle verticale métiers l’an prochain.  

Comment ont évolué vos relations avec les établissements du supérieur ? 

En mars 2020, nous avions mis à disposition dans l’urgence toutes nos formations et certifications pour aider les écoles, les universités, et les CFA à se digitaliser. Plus de 2000 institutions nous ont sollicités. Maintenant que les activités en ligne s’installent de manière durable, nous avons aussi mis en place des partenariats plus construits pour créer du « blending ». Nous les aidons, soit à digitaliser l’ensemble de leur cursus, soit nous leur apportons des briques digitales comme une plateforme, des contenus, le savoir-faire de l’ingénierie pédagogique en ligne.  

Nous réalisons la majorité de notre chiffre d’affaires grâce aux entreprises

Nous avons quelques dizaines de partenariats supplémentaires avec les établissements du supérieur, mais nous réalisons la majorité de notre chiffre d’affaires grâce aux entreprises, qui sont un segment stratégique pour nous. 

Les entreprises ont davantage de budgets pour faire de la formation que les écoles et les universités.  

Ces dernières années, plusieurs fonds sont entrés au capital d’écoles de commerce françaises comme EMLyon ou Inseec U. Pourriez-vous investir dans des établissements du supérieur ?  

Cela ne fait pas partie de notre modèle de développement. D’ailleurs, c’est un modèle que nous maîtrisons peu car ce n’est pas notre métier. Nous collaborons avec les écoles et universités traditionnelles, mais nous n’avons pas de velléités à investir dans des écoles brick and mortar*

Vous êtes donc partenaires et non concurrents avec les établissements du sup’ ? 

Nous ne nous adressons pas à la même cible. Nous faisons de la formation continue, la majorité de nos apprenants sont des salariés et des demandeurs d’emploi. Ce ne sont pas des jeunes. Nous sommes plutôt partenaires avec les écoles et les universités, car nous leur permettons de s’adresser à de nouveaux marchés avec la formation continue.  

La question n’est pas la concurrence entre les acteurs. Il y a de plus en plus de personnes à former tout au long de la vie. La croissance de l’apprentissage est phénoménale, et le besoin de formation est tellement énorme que tous les acteurs doivent augmenter leur impact et leur échelle pour répondre aux besoins.  

Un tiers de vos apprenants sont localisés en dehors de la France. Quels sont les marchés étrangers où vous souhaitez vous développer ? 

L’Afrique est un marché de long terme

Nous investissons beaucoup sur les accréditations en Afrique et dans plusieurs états des États-Unis. L’Afrique est un marché de long terme, il faudra sans doute trois à cinq ans avant d’avoir un business significatif sur ce continent, mais c’est bien d’y être implanté. Quand le marché africain va décoller, cela va partir très vite ! Il y a une importante poussée démographique et encore très peu d’opérateurs sur le marché. Nous pensons pouvoir être assez tôt un acteur référent sur ce marché. 

Aux États-Unis, la situation est différente. C’est l’un des plus importants marchés au monde, il y a davantage de concurrence et des besoins énormes. Nous pensons qu’il y a un momentum assez formidable avec la nouvelle administration de Joe Biden. De nombreux changements législatifs sont prévus. Le gouvernement fédéral va investir beaucoup d’argent dans l’enseignement supérieur. Il va falloir être réactif car tout le marché va basculer dans six mois.  

Depuis 2018, OpenClassrooms est une société à mission. Qu’est-ce que cela signifie ? 

OpenClassrooms est une société à mission qui s’est fixée cinq publics prioritaires : les demandeurs d’emploi, les réfugiés, les décrocheurs scolaires, les personnes en situation de handicap et celles vivant dans les quartiers prioritaires de la ville. Nous avons progressé sur ces publics l’an dernier. Nous sommes un acteur tourné vers l’impact et nous sommes contents de montrer qu’il est possible de monter une société à mission avec une échelle assez importante.

Une levée de fonds de 80 millions de dollars soutenue par Mark Zuckerberg

Depuis sa création en 2013, OpenClassrooms a levé environ 140 millions d’euros. Ce nouveau tour de table, d’une valeur de 80 millions de dollars et annoncé le 27 avril, a été réalisé avec l’appui des investisseurs historiques General Atlantic, Bpifrance, Alven et Citizen Capital.

Lumos Capital Group, un fonds d’investissement spécialisé dans l'éducation est à l’origine de cette levée de fonds. De nouveaux investisseurs ont également participé comme GSV et Salesforce Ventures. 

Un nouvel investisseur se distingue particulièrement : la Chan Zuckerberg Initiative (entreprise philanthropique de Mark Zuckerberg, CEO cofondateur de Facebook, et de son épouse Priscilla Chan) réalise son premier investissement en France.

* Désigne une entreprise qui dispose de points de vente physiques.

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