Vie des campus

Après la publication du rapport Jouzel, les organisations étudiantes attendent des actes

Par Isabelle Cormaty | le | Rse - développement durable

À quelques semaines de l'élection présidentielle, les organisations étudiantes appellent le gouvernement, les politiques et les établissements du supérieur à se saisir du rapport Jouzel et à mettre en place des mesures concrètes pour prendre en compte les enjeux de transition écologique dans l’ESR.

Des associations écologistes ont organisé une journée de mobilisation pour le climat le 12 mars. - © Li-An Lim (Unsplash)
Des associations écologistes ont organisé une journée de mobilisation pour le climat le 12 mars. - © Li-An Lim (Unsplash)

Il a enfin été rendu public ! Après deux ans de concertations, le groupe de travail présidé par le paléoclimatologue Jean Jouzel a remis le 16 février dernier son rapport à la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, Frédérique Vidal.

Intitulé « Sensibiliser et former aux enjeux de la transition écologique et du développement durable dans l’enseignement supérieur », ce document d’une centaine de pages préconise notamment de former aux enjeux de transition écologique 100 % des étudiants de niveau Bac+2, quel que soit leur cursus, d’ici cinq ans.

Une recommandation partagée par la plupart des participants à ce groupe de travail : représentants des établissements d’enseignement supérieur, employeurs, enseignants-chercheurs et chercheurs. Quatre organisations étudiantes pointent toutefois la lenteur de la mobilisation gouvernementale sur ce sujet.

« Trois ans après le constat, le signal de la mise en mouvement de la communauté éducative se fait toujours attendre. Pour un réveil écologique, la Fage, le Reses et l’Unef appellent le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation à passer des discours à l’action », déclarent-elles dans un communiqué commun diffusé le 18 février.

Quelles suites possibles dans le contexte présidentiel ?

Mais à quelques semaines de l'élection présidentielle, l’incertitude demeure sur les suites que le gouvernement pourra donner au rapport Jouzel, d’autant que les questions écologiques sont quasiment absentes des débats.

Coralie Rasoahaingo est responsable plaidoyer du Reses. - © D.R.
Coralie Rasoahaingo est responsable plaidoyer du Reses. - © D.R.

« Nous considérons que l'écologie et l’ESR doivent être une priorité du prochain quinquennat. Le Reses se mobilise pour que ces thèmes soient présents dans cette campagne présidentielle. Nous sommes allés à la rencontre des candidats et candidates à l'élection pour porter nos propositions », insiste Coralie Rasoahaingo, responsable plaidoyer du Réseau étudiant pour une société écologique et solidaire (Reses).

Dans une interview accordée à News Tank (abonnés) le 16 février, le président du groupe de travail, Jean Jouzel formule un souhait : « Qu’une conférence puisse être organisée avant l’été, avec l’ensemble des parties prenantes, car il s’agit d’embarquer tout le monde : puissance publique, établissements, enseignants, étudiants, etc. Et si Frédérique Vidal n’avait pas la possibilité de le faire, il faudrait que le futur ministre prenne cela à son compte. Nous prendrons rendez-vous avec elle ou lui. »

Une prise de conscience dans les établissements

Louis Octobon est vice-président de la Fage. - © D.R.
Louis Octobon est vice-président de la Fage. - © D.R.

Les organisations étudiantes appellent le gouvernement, mais aussi les établissements, « à suivre une stratégie opérationnelle d’accompagnement et de financement de la transformation pédagogique et organisationnelle pour toutes les formations ».

« Certaines universités ont commencé à prendre des initiatives de manière indépendante, mais il n’y a pas de véritable dynamique nationale », regrette Louis Octobon, vice-président en charge de la transition écologique de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage).

Il cite par exemple l’initiative de l'Université Paris Saclay qui a mis en place « un volet de formation à destination des étudiants en licence pour enseigner la transition écologique sous le prisme de chacune des formations ».

Le Reses salue la prise de conscience des conférences d'établissements sur le sujet de la transition écologique, mais déplore que les initiatives soient parfois cantonnées à des démarches individuelles.

« Il y a beaucoup de personnes volontaires au sein des établissements. De nombreux enseignants-chercheurs s’impliquent de manière militante et bénévole parce que cela leur tient à cœur. Mais il est parfois compliqué de faire bouger l’ensemble des personnels, les administratifs et les équipes pédagogiques. Il y a des niveaux d’avancements différents entre les établissements. Au regard de l’urgence, cela reste assez lent », déclare la responsable plaidoyer du Reses.

Des actions prévues dans les prochains mois

En attendant que le gouvernement et les établissements s’engagent avec des mesures concrètes pour la transition écologique, les associations étudiantes comptent se mobiliser auprès des étudiants. « Il va y avoir une vulgarisation de ce rapport qui est destiné aux étudiants, aux universités et aux autorités publiques. Tous les acteurs de la communauté universitaire peuvent le prendre en main et nous allons accompagner les élus étudiants et les fédérations adhérentes de la Fage », précise Louis Octobon.

« Nous avons pour ambition de vulgariser les points saillants du rapport Jouzel qui nous semblent réutilisables pour les étudiants », complète la responsable plaidoyer du Reses.

Le Reses a publié un guide expliquant comment mener une démarche de plaidoyer. - © D.R.
Le Reses a publié un guide expliquant comment mener une démarche de plaidoyer. - © D.R.

Le réseau cherche aussi à renforcer ces liens avec la Conférence nationale des étudiants vice-présidents d’université (CEVPU). « Nous souhaitons former les vice-présidents étudiants aux enjeux de transition écologique pour qu’ils puissent porter des recommandations du rapport Jouzel auprès des gouvernances », ajoute-t-elle.

Le Reses a publié en décembre un kit expliquant aux étudiants comment argumenter auprès de leur établissement. « Beaucoup d'étudiants très motivés ne comprennent pas la gouvernance des établissements. Nous leur donnons donc des clés pour savoir comment fonctionne une université et à qui s’adresser pour exprimer leurs revendications. Nous allons également accompagner les associations de notre réseau dans des démarches de plaidoyer », détaille Coralie Rasoahaingo.

Les recommandations du rapport Jouzel

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