IA et étudiants : des usages installés, des attentes claires
Une étude d’Ipsos, commandée par Epita, école d’ingénieurs du groupe Ionis Education, et révélée le 3 février 2026, permet de décrypter les usages de l’intelligence artificielle par les étudiants. Entre bénéfices pédagogiques et inquiétudes, les résultats mettent en lumière un usage fréquent, mais aussi un questionnement salutaire au sein de la nouvelle génération.
Si l’IA se développe partout et que toutes les organisations sont percutées par les nouveaux usages, les étudiants se posent tout de même des questions, tout en visualisant parfaitement les bénéfices des nouvelles solutions offertes par le marché. L’intelligence artificielle s’est en effet imposée comme un outil central dans leur quotidien.
Huit sur dix ont un usage hebdomadaire
Derrière les discours médiatiques et les prises de position parfois polarisées, les usages réels restaient encore mal documentés. Cette enquête nationale menée auprès de 1 000 étudiants tous cursus confondus en janvier 2026, permet donc de dresser un premier état des lieux plus précis des pratiques, des perceptions et des attentes dans l’enseignement supérieur.
Premier enseignement majeur : l’IA n’est plus marginale. 94 % des étudiants déclarent avoir déjà utilisé un outil dans leur vie personnelle ou académique. Près de huit sur dix l’utilisent au moins une fois par semaine, et près d’un sur deux y a recours quotidiennement. L’IA apparaît ainsi comme un véritable réflexe numérique, au même titre que les moteurs de recherche ou les plateformes collaboratives.
Approfondir des cours… mais pas que
Dans le cadre de leurs études, les étudiants mobilisent l’IA avant tout pour comprendre, reformuler et approfondir leurs cours. Elle est largement utilisée pour expliquer un concept mal compris, résumer des documents complexes, préparer des examens ou structurer un raisonnement. Mais l’étude met également en lumière des usages plus sensibles : 40 % des sondés reconnaissent avoir déjà utilisé l’IA pour générer tout ou partie d’un devoir.
Cette pratique, loin d’être marginale, s’inscrit dans un rapport pragmatique à l’outil. Près d’un étudiant sur deux estime qu’il aurait aujourd’hui du mal à s’en passer, notamment pour les exercices et le travail personnel. Les solutions sont perçues comme des assistants cognitifs, qui font gagner du temps, améliorent la productivité et facilitent l’accès à l’information.
Une maîtrise technique contrastée
Les usages sont massifs, mais la maîtrise reste inégale. Les étudiants se disent globalement à l’aise avec les prompts et les fonctionnalités de base des outils, mais reconnaissent manquer de recul sur leurs limites. 81 % déclarent être mal informés sur au moins un enjeu majeur lié à l’IA : biais algorithmiques, enjeux éthiques, impacts environnementaux, sécurité des données ou cadre réglementaire.
Par ailleurs, si 74 % estiment savoir repérer rapidement des contenus de désinformation, plus d’un étudiant sur cinq reconnaît avoir parfois du mal à les identifier. Cette tension entre confiance dans l’outil et conscience de ses risques constitue l’un des paradoxes majeurs mis en évidence par l’étude.
Regard contrasté
Le regard sur cette technologie demeure donc très contrasté. D’un côté, elle est perçue comme performante, accessible et utile ; de l’autre, elle suscite de fortes inquiétudes. Les principales craintes concernent la perte d’autonomie intellectuelle, la baisse de la créativité, la manipulation de l’information et l’impact sur l’emploi.
Ainsi, 59 % des étudiants estiment que l’IA pourrait menacer l’existence de leur futur métier. Cette crainte est particulièrement marquée dans les filières techniques et commerciales, mais touche l’ensemble des disciplines. En parallèle, l’IA est également associée à des opportunités positives, notamment dans les domaines de la santé, de la recherche scientifique et de la productivité.
Réguler et sécuriser : les attentes
Face à ces usages massifs et à ces inquiétudes, les usagers attendent un accompagnement clair. 63 % estiment que les enseignants et les pouvoirs publics ont un rôle central à jouer pour encadrer, réguler et sécuriser les usages. Près de trois étudiants sur quatre déclarent avoir déjà bénéficié de conseils de la part de leurs enseignants, mais beaucoup jugent cet accompagnement encore insuffisant ou trop hétérogène.
L’enjeu pour l’enseignement supérieur est désormais double : former les étudiants à une utilisation critique et responsable tout en repensant les modalités d’évaluation et les pratiques pédagogiques. Plus qu’un simple outil, l’IA apparaît comme un révélateur des transformations profondes du rapport au savoir, à l’apprentissage et à l’autonomie intellectuelle.
Pédagogie augmentée
Cette étude confirme que l’intelligence artificielle n’est ni une menace à bannir ni une solution miracle. Elle s’impose comme un fait social et académique durable, qui oblige les établissements à repenser leurs cadres, leurs méthodes et leurs objectifs. Pour l’enseignement supérieur, le défi n’est plus de savoir s’il faut intégrer l’IA, mais comment le faire de manière éclairée, équitable et responsable.