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Tutorats d’entrée dans les études de santé : un levier d’égalité des chances

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Soutien pédagogique, conseils d’orientation, attention au bien-être… Face à la pression de la première année d’études de santé, plusieurs milliers de tuteurs étudiants proposent à leurs successeurs un accompagnement protéiforme. Le dispositif des tutorats joue aussi un rôle important dans la promotion des filières. Un enjeu de taille alors qu’une nouvelle réforme d’entrée dans les études de santé entrera en application en 2027.

Tutorats d’entrée dans les études de santé : un levier d’égalité des chances
Tutorats d’entrée dans les études de santé : un levier d’égalité des chances

Chaque année, environ 35 000 étudiants s’engagent dans des études de santé via le Parcours accès spécifique santé (Pass) et la Licence accès santé (L.AS). Parmi eux, 40 % intègrent ensuite l’une des cinq filières accessibles : la médecine, la maïeutique, l’odontologie, la pharmacie ou la kinésithérapie (MMOPK).

Cette forte sélectivité est associée à une pression et à une charge de travail qui engendre une vulnérabilité psychologique importante chez les étudiants de première année. Près de la moitié d’entre eux seraient ainsi à risque de dépression selon une enquête nationale menée en 2025.

Pour les aider dans cette épreuve, une trentaine de tutorats d’entrée dans les études de santé (TEES) proposent un accompagnement par les pairs. Les services proposés varient d’un tutorat à l’autre mais ils s’articulent principalement autour de l’appui pédagogique, du soutien moral et de l’aide à l’orientation.

Les tuteurs organisent par exemple souvent des stages de prérentrée et des séances de cours en présentiel ou en distanciel. Ils préparent au moins un examen blanc par semestre, créent des QCM d’entraînement et des fiches de cours, ou encore, tiennent des permanences pour dispenser des conseils sur tous les aspects de la vie étudiante.

Un agrément ministériel

Teo Mauguil, VP TEES à l’ANEMF - © D.R.
Teo Mauguil, VP TEES à l’ANEMF - © D.R.

Ces services sont généralement « gratuits ou peu chers », indique Téo Mauguil, vice-président chargé des tutorats d’entrée dans les études de santé (TEES) à l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF). « L’objectif est de permettre à toutes et à tous de réussir », explique-t-il. Dans de nombreuses facultés, la quasi-totalité des étudiants de première année y sont d’ailleurs inscrits. Certains suivent également une prépa privée, mais « le tutorat est amplement suffisant », selon le jeune homme. « Là où je suis, à Rouen, je vois des étudiants qui regrettent d’avoir sollicité une prépa privée quand ils se rendent compte que le tutorat est super, observe-t-il. Ils y ont parfois souscrit avant de connaître le tutorat, à cause de la pression du concours ou poussés par leur famille ».

Des étudiants regrettent d’avoir sollicité une prépa privée

Contrairement aux prépas privées, les tutorats sont agréés par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche depuis 2017. L’institution reconnaît ainsi leurs efforts en faveur de l’égalité des chances et la qualité de l’accompagnement proposé. Ils reçoivent également la plupart du temps un soutien des facultés et des professeurs.

« Il est vraiment beaucoup plus intéressant de suivre le tutorat parce qu’il y a un lien avec l’université », estime Evane Coppée-Caval, étudiante sage-femme à Rennes et vice-présidente chargée des TEES à l’Association nationale des étudiant·e·s sages-femmes (ANESF).

« Les enseignants sont assez engagés dans la relecture des examens blancs. À Rennes, ils relisent aussi beaucoup les fiches de révision par matière que nous proposons », précise-t-elle. « Cela permet d’avoir des supports pédagogiques qui sont beaucoup plus fiables que ce qu’on peut trouver ailleurs », abonde Téo Mauguil.

L’engagement bénévole de milliers d’étudiants

Certains établissements participent aussi financièrement ou matériellement aux tutorats. À Rennes par exemple, les membres du bureau de l’association et les tuteurs de révision (sélectionnés pour leurs qualités pédagogiques) reçoivent une rétribution variant selon leur niveau d’investissement. De nombreuses universités mettent également à disposition des locaux ou permettent des impressions gratuites de documents.

Dans l’ensemble cependant, le dispositif repose très largement sur l’engagement bénévole de milliers d’étudiants. Au niveau national, un tutorat mobilise en moyenne 103 étudiants pour le Pass et 68 pour la LAS.

Beaucoup d’entre eux choisissent de devenir marraine ou parrain. « Il s’agit de devenir une personne pilier, référente, pour un étudiant ou un petit groupe d’étudiants tout au long de l’année. Un lien de proximité se crée avec le tuteur ce qui permet un accompagnement assez personnalisé », présente Téo Mauguil.

Ils jouent notamment un rôle de soutien moral important et peuvent repérer les étudiants en détresse. « Ils font du dépistage de mal-être et redirigent très facilement vers le pôle bien-être du bureau de l’association », observe à Rennes Evane Coppée-Caval.

Un niveau de bien-être supérieur

Evane Coppée-Caval, étudiante sage-femme à Rennes et VP TEES à l’ANESF  - © D.R.
Evane Coppée-Caval, étudiante sage-femme à Rennes et VP TEES à l’ANESF - © D.R.

La question du bien-être et de la santé mentale est considérée comme centrale dans le dispositif. Selon Téo Mauguil, des projets dédiés sont mis en place dans « pratiquement tous les tutorats en France ». « Cela peut passer par des séances de sophrologie, des goûters, des moments conviviaux entre les étudiants… », détaille-t-il.

Plus globalement, l’inscription au sein d’un tutorat d’entrée dans les études de santé est associée à un niveau de bien-être supérieur d’après l’enquête nationale de 2025. Celle-ci montre également une corrélation positive entre le bien-être et le fait d’avoir reçu suffisamment d’informations sur les programmes académiques, les options de carrière et les voies de réorientation ; des services que proposent la plupart des tutorats.

Promouvoir toutes les filières de santé

Ils intègrent en effet une mission d’information qui passe par le parrainage, mais aussi par l’organisation de permanences et, en amont, par la participation à des forums d’orientation et des interventions dans les lycées.

« C’est important pour promouvoir toutes les filières de santé, souligne Téo Mauguil. L’un des enjeux est de faire découvrir celles qui sont « moins connues mais extrêmement intéressantes et enrichissantes » comme la maïeutique ou la pharmacie.

« Les étudiants apprennent vraiment à connaître les métiers en première année, confirme Evane Coppée-Caval. Nous leur ouvrons des perspectives plus concrètes sur leur réalité en leur fournissant des informations auxquelles ils n’avaient pas forcément accès en amont ou qu’ils n’étaient pas allés chercher ».

Permettre une orientation éclairée

Cette démarche d’aide à l’orientation est essentielle car, « en arrivant, beaucoup d’entre eux ne savent pas encore ce qu’ils veulent faire ou souhaitent absolument faire médecine puis changent d’avis en se rendant compte que ce n’est pas ce qui les intéresse le plus », constate Evane Coppée-Caval.

Elle souligne l’importance de ne pas séparer les filières pendant la première année pour permettre une orientation éclairée et éviter les places vacantes dans certains cursus. En maïeutique, environ 46 % des étudiants ont choisi la filière au cours de leur première année commune. Beaucoup ne s’y seraient pas forcément dirigés dès le départ.

L’enjeu est également important pour la kinésithérapie. Dans cette filière, accessible à la fois par le parcours Pass/L.AS et par des licences de biologie, de Staps ou de sciences, technologies et santé, 80 % des étudiants sont issus des études de santé.

Pourtant, la filière kinésithérapie n’est pas incluse dans les textes cadrant la réforme d’entrée en études de santé (REES) de 2020. Elle le sera cependant dans celle de 2027, une « avancée » saluée par la Fage et les fédérations MMOPK dans un communiqué.

Repenser la structure des tutorats

Cette réforme que les associations étudiantes appelaient de leurs vœux affectera nécessairement l’activité des tutorats. « Ce sera l’un des grands enjeux du prochain mandat, prévoit Téo Mauguil. Il faudra former les tutorats sur la réforme pour qu’ils adaptent leurs services, et s’assurent, par exemple que chaque enseignement ait des entraînements spécifiques ». Il ne s’agit toutefois pas de « repartir de zéro », estime Evane Coppée-Caval puisque « les enseignements resteront quand même globalement fidèles à ce qui se faisait ».

Points de vigilance remontés au ministère

La création d’une voie unique devrait plutôt permettre, dans une certaine mesure, de faciliter le travail des tuteurs en homogénéisant l’accompagnement. Certaines missions, comme la promotion des études de santé dans les salons et les lycées, seront aussi simplifiées, la réforme mettant fin à la « confusion entre les différents parcours » et aux « inégalités » entre les étudiants en Pass et en L.AS.

Mais pas totalement, regrettent les associations, puisqu’elle crée une voie spécifique pour la pharmacie. Elles dénoncent également la suppression des épreuves orales du second groupe évaluant des compétences psychosociales et l’absence d’enseignements de santé en deuxième année de licence.

« Nous avons fait remonter des points de vigilance au ministère », signale Evane Coppée-Caval. « Mais les textes ne sont pas encore sortis donc nous avons encore beaucoup d’incertitudes sur la manière dont la réforme va pouvoir être mise en place. Il va falloir que nous soyons vigilants et que nous réfléchissions avec les universités sur ce qui est faisable et dans l’intérêt des étudiants ».

En attendant 2027, les tutorats commencent déjà à repenser leur structure pour garantir un soutien au plus près des besoins. « Ils se sont adaptés à chaque réforme », assure Téo Mauguil, confiant.

Une nouvelle réforme pour la rentrée 2027

Depuis la Réforme d’entrée dans les études de santé (REES) de 2020, les étudiants peuvent accéder aux filières MMOP par deux voies : le Parcours accès spécifique santé (Pass), où les enseignements en santé sont majoritaires ; et la Licence accès santé (L.AS), constituée d’une majeure disciplinaire (par exemple l’histoire) accompagnée d’une minorité d’enseignements santé.

Une nouvelle réforme majeure a été annoncée en 2026 : elle prévoit notamment la suppression du système Pass/L.AS et le retour d’une voie unique d’accès aux études de santé à partir de la rentrée 2027.