Numérique

Tour de France des assos : la Fied ou l’université pour tous, partout et à tout moment

Par Marine Dessaux | le | Pédagogie

Avant l'été, Campus Matin va à la rencontre des associations et fédérations du sup'. Thématique d’actualité pendant la crise sanitaire, l’enseignement à distance reste un enjeu de taille, au cœur de l’activité de la Fédération interuniversitaire de l’enseignement à distance (Fied).

Pour son président et son secrétaire général, c’est surtout une opportunité pour atteindre les publics éloignés géographiquement des universités ou empêchés pour diverses raisons.

La Fied se penche sur le développement des usages et méthodes pédagogiques en faveur de l’EAD. - © France Universités - Université de Haute-Alsace
La Fied se penche sur le développement des usages et méthodes pédagogiques en faveur de l’EAD. - © France Universités - Université de Haute-Alsace

Campus Matin est le magazine des personnels et des académiques de l’enseignement supérieur et de la recherche ; c’est donc tout naturellement qu’il part à la rencontre des associations métiers afin d’en savoir plus sur le vécu de leurs membres et les questions du moment ! Cette semaine, une association qui fête son 35e anniversaire se présente.

La Fied en bref

En 1987, la Fédération interuniversitaire de l’enseignement à distance (Fied) est créée sur demande du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. Cette association de loi 1901 répond à trois missions :

  • valoriser l’enseignement à distance (EAD), la recherche en formation à distance ;
  • favoriser les échanges et les rencontres ;
  • mutualiser la veille bibliographique et l’expertise dans ce domaine.

Aujourd’hui, elle compte 30 établissements membres et, sur sa plateforme en ligne, 400 formations réparties en 80 disciplines. Un réseau qui se compose d’enseignants-chercheurs, mais aussi d’ingénieurs et de conseillers pédagogiques.

S’adresser aux publics empêchés

Pour la Fied, l’enseignement à distance est avant tout une solution pour pallier les difficultés des publics n’ayant pas accès aux études classiques. Son credo ? « L’université pour tous, partout et à tout moment », résume Henri Benoit, son président.

Ainsi, l’association travaille à développer des formations pour différents publics empêchés : les étudiants en situation de handicap, les sportifs et artistes de haut niveau ou encore les publics incarcérés.

Ce dernier type d’accompagnement est possible notamment grâce à la signature de deux accords-cadres, de 2017 à 2020 puis de 2022 à 2026, avec la direction de l’administration pénitentiaire, la direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle, France Universités.

Nouveau bureau

Élu le 30 mars 2022 par son conseil d’administration, le nouveau bureau de la Fied se compose de : Henri Benoit, président de l’association, Thierry Danquigny, secrétaire général, Caroline Mosse, trésorière, et Sandrine Albert, cheffe de projet.

L’actu des membres : « Tous ceux qui faisaient de l’EAD ont été peu impactés par la Covid »

Thierry Danquigny est responsable grands projets sur les sujets d’innovation pédagogique au sein de l’appui stratégique de l’Université de Lille. - © D.R.
Thierry Danquigny est responsable grands projets sur les sujets d’innovation pédagogique au sein de l’appui stratégique de l’Université de Lille. - © D.R.

Assez logiquement, la Fied n’a pas enregistré de panique chez ses membres lors du passage des cours en distanciel en 2020, car « tous ceux qui faisaient déjà de l’EAD ont été peu impactés par la Covid », indique Thierry Danquigny, secrétaire général de la Fied depuis 2015.

Les sollicitations sont venues d’autres enseignants sur des questions diverses notamment celles des évaluations à distance, des outils à utiliser et des pratiques pédagogiques à privilégier. L’association remarque également une hausse des téléchargements de ses outils de méthodologie.

Des sollicitations qui ne se traduisent pas encore en adhésions, mais qui pourraient porter du fruit à plus long terme « d’ici un à deux ans », estime le président de l’association.

Alors que la vague semble passée, Henri Benoit observe : « La crise sanitaire n’a pas enclenché le boom de l’enseignement distanciel, qui nécessite un modèle pédagogique particulier et un accompagnement en interne. Néanmoins, elle a permis aux différents acteurs se rapprocher. »

« C’est maintenant que nous allons pouvoir transformer ce qui a été mis en place, via l’hybridation. »

Projets et réalisations récentes

À destination des étudiants

L’objectif premier de la Fied étant de développer des outils communs, cours et modules, l’association se penche sur des projets en lien avec les besoins et les actualités politiques.

Ainsi, suite au Programme investissement avenir (PIA) 3 et la loi Orientation et réussite étudiante (ORE) de 2018, la Fied créée un outil d’orientation composé d’un test par appétence puis d’un parcours guidé.

Pour préparer aux études universitaires, un « Passeport EAD » a également été développé sur la méthodologie de l’enseignement à distance. Un outil utilisé dans 30 universités via Moodle et 13 établissements tiers (notamment des campus connectés).

Et à destination des membres

Les journées thématiques de la Fied, rebaptisées #RED (rencontres de l’enseignement à distance) depuis 2019, sont l’occasion chaque année de réunir les professionnels du supérieur autour d’une thématique commune : la flexibilisation des parcours pédagogiques ; la résilience des acteurs dans la continuité pédagogique ; la diversité des publics et différenciation des pédagogies… Cette dernière thématique a été abordée en mars 2022 et a réuni 80 personnes en présentiel et une centaine en ligne.

La Fied organise des ateliers sur diverses thématiques. - © Fied
La Fied organise des ateliers sur diverses thématiques. - © Fied

« Ces événements favorisent les échanges, permettent de recenser les besoins des universités, raconte Henri Benoit. Nous voulons amener l’université là où elle est difficile d’accès et permettre à un public très large de s’y retrouver. Pour cela, nous avons besoin des retours du terrain. »

L’association organise également des webinaires depuis mars 2022. « Nous avions un guide de l’enseignement à distance, mais c’est un support papier qui peut être daté et qu’il faut régulièrement mettre à jour. C’est pourquoi nous avons imaginé une alternative en organisant des webinaires mensuels. Un rendez-vous régulier qui enregistre une fréquentation croissante, avec 120 personnes pour le dernier », explique Thierry Danquigny.

C’est pour bientôt : la création d’un parcours flexible en licence

Henri Benoit est professeur d’université en physiologie à l’Université Grenoble Alpes. - © D.R.
Henri Benoit est professeur d’université en physiologie à l’Université Grenoble Alpes. - © D.R.

Impliquer une vingtaine d’enseignants-chercheurs et ingénieurs pédagogiques dans la réalisation d’une licence Sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps) en ligne et libre d’accès, tel est l’objectif de la licence Shift. Un projet pédagogique lauréat de l’appel à projet « Parcours flexibles en licence », qui s’inscrit lui aussi dans le cadre de la loi Ore.

Financé à hauteur de 2,5 millions d’euros par le fonds d’action public, le projet doit aboutir fin 2023. Il s’agira d’une licence en ligne proposant plus de 200 crédits ECTS* parmi lesquels les étudiants pourront faire leur marché et ainsi choisir les thématiques comme le nombre de modules à compléter chaque année. Selon les cas, le diplôme pourra être obtenu en 3, 4, 5 ans ou plus.

« Les participants mutualiseront leurs cours sous une signature collective. En recherche, la publication en libre accès est plébiscitée, mais il est plus rare de céder ces droits en pédagogie », expose Henri Benoit.

Un travail collectif et transversal qui s’effectue via une préparation en visio et des ateliers en présentiel trois fois par an pour produire de la ressource.

En réflexion : « Un référentiel commun sur la co-création de ressources »

Alors que revenaient régulièrement les questions de la reconnaissance du travail enseignant en pédagogie ou encore l’évaluation du coût d’une formation à distance, « ces thématiques ont un peu disparu », rapporte Thierry Danquigny.

Désormais, l’association envisage de prendre à bras le corps la question de la valorisation du travail des enseignants-chercheurs dans la co-création de ressources. « Nous avons une expérience dans ce domaine-là, il serait intéressant de créer un référentiel commun à toutes les universités », lance Henri Benoit.

Retrouvez les premières étapes de notre tour de France des associations métiers !

Top départ avec les vice-présidents vie étudiante et de campus : à Vécu, on espère que l’expérience de l’apprenant arrive finalement sur le devant de la scène.

Un petit tour au pays des vice-présidents du numériques avec VP-Num, qui s’inquiètent de la tension dans les directions des systèmes d’information.

Et enfin, un arrêt auprès de l’Association des responsables techniques immobilières de l’enseignement supérieur (Artiès), qui regrette que les bâtisseurs de l’ESR manquent de bras.

*L’ECTS est le système européen de transfert et d’accumulation de crédits. Il faut 180 crédits ECTS pour valider une licence.

Transférer cet article à un(e) ami(e)