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Réseau Polytech : des passerelles en hybride vers les études d’ingénieur

Par Catherine Piraud | le | Pédagogie

Depuis deux ans, les 15 écoles d’ingénieurs universitaires du réseau Polytech ont mis en place un dispositif hybride de remise à niveau de pré-rentrée, à l’attention des bacheliers technologiques et des sortants de première année de médecine. Objectif : maximiser leurs chances de réussite en cycle préparatoire.

Polytech Clermont-Ferrand - © D.R.
Polytech Clermont-Ferrand - © D.R.

Une chance supplémentaire de s’intégrer en cycle préparatoire pour les profils d’étudiants non issus dans l’année d’une terminale S, basée sur un enseignement hybride présentiel-distanciel. Voilà ce que propose, depuis 2018, le réseau d’écoles d’ingénieurs universitaires Polytech.

Le projet, baptisé Avosti (Accompagnement des vocations scientifiques et techniques vers le titre d’ingénieur), a été lauréat du prix Peps (Passion enseignement et pédagogie dans le supérieur) 2019, qui récompense des initiatives pédagogiques innovantes et particulièrement porteuses. Il vise à rendre les formations d’ingénieurs plus attractives en les valorisant et en proposant de nouvelles passerelles vers la prépa intégrée des 15 écoles du réseau Polytech.

Des profils d’étudiants bien différents

Deux types de publics sont visés : les bacheliers STI2D et STL, et surtout les sortants de Paces (Première année commune aux études de santé).

« Des profils d’étudiants bien différents, mais qui ont en commun de ne pas ou plus disposer des acquis en maths et en physique de la terminale scientifique », précise Philipe Legallais, enseignant-chercheur en mécanique des fluides à Polytech Orléans et instigateur du projet.

« Notre objectif est de leur remettre le pied à l’étrier sur un certain nombre de contenus. Mais aussi - pour les anciens étudiants en médecine notamment, confrontés depuis un an, et souvent deux, à des modes d’apprentissage très théoriques et individualisés - de les initier à ceux des écoles comme les nôtres, plus concrets et souvent en groupe.  »

Stage en présentiel et modules en ligne

 Polytech Orléans où est né le projet Avosti
Polytech Orléans où est né le projet Avosti - © D.R.

Les titulaires d’un bac STI2D ou STL, bien que très minoritaires au sein de cohortes largement issues d’un bac S, ont toutes leurs chances dans le réseau Polytech. Et d’autant plus depuis la mise en place de ce processus d’intégration inédit.

« Nous leur proposons une semaine de stage fin août, avec des cours de mise à niveau en maths et physique, des travaux pratiques et un coaching sur le métier d’ingénieur avec un spécialiste du domaine  », précise Philippe Legallais.

A la fois leur DUT et la possibilité de poursuivre en cycle ingénieur

Ce coup de pouce en présentiel est complété, avant la rentrée, par la mise à disposition de documents en ligne avec vidéos et cours d’accompagnement. Le jeu en vaut d’autant plus la chandelle pour ces étudiants qu’ils ont la spécificité d’être également inscrit en IUT, au sein de la même université.

« Au terme des deux années de cursus préparatoire, ils ont donc à la fois en poche leur DUT et la possibilité de poursuivre en cycle ingénieur », pointe Philippe Legallais.

Une hybridation renforcée

Michel Mudry, ancien président de l’université d’Orléans
Michel Mudry, ancien président de l’université d’Orléans - © D.R.

L’essentiel du dispositif s’adresse toutefois aux étudiants en médecine - une poignée par école à ce jour, sauf à Lyon, forte d’une faculté de médecine, où ils sont une petite trentaine - désireux de se reconvertir vers des études d’ingénieurs.

Un module passerelle ambitieux a été mis en place à leur intention, avec une dimension « hybridation » renforcée.

Fin juillet, ils reçoivent une capsule comprenant des cours de maths et de physique de terminale S à distance, accompagnés d’exercices et de vidéos d’exercices résolus par des enseignants. Ce qui leur permet de travailler en autonomie les trois premières semaines du mois d’août.

S’y ajoute, à l’instar des bacheliers technologiques, une semaine en présentiel juste avant la rentrée. « Ils y reçoivent un débriefing sur ce qu’ils ont étudié à distance, ainsi que des compléments de connaissance plus pointus, avec le bénéfice des interactions avec l’enseignant », précise Michel Mudry, ancien président de l’Université d’Orléans et associé fondateur du cabinet de conseil en organisation pour le supérieur Ither Consult, concepteur de l’architecture du projet.

Dispositif élargi en 2021

Les sortants de médecine, qui en général savent travailler, s’intègrent parfaitement

Un coup de pouce jugé unanimement bénéfique par ces étudiants. « Une fois résolues leurs difficultés d’adaptation et, le cas échéant, de motivation face à ces études qu’ils n’avaient pas choisies au départ, les sortants de médecine, qui en général savent travailler, s’intègrent parfaitement. D’abord, dans un cycle préparatoire comprenant 20 % d’enseignements spécifiques de remise à niveau, puis dans le cycle ingénieurs », note Philippe Legallais.

Pour l’avenir, ce dispositif hybride devrait être adapté avec profit à d’autres sortes de publics. D’abord, aux nouvelles populations d’étudiants issus, à partir de septembre 2021, des filières Pass (Parcours d’accès spécifique Santé) et LAS (licences généralistes, avec option « accès santé »), qui remplacent désormais la Paces en première année d’études de santé.

Si la filière Pass recouvre, peu ou prou, la Paces, la LAS en sera nettement plus éloignée, avec la nécessité accrue d’une remise à niveau en sciences. Michel Mudry est très confiant. « Le socle d’enseignement Avosti mis en place est facilement adaptable  », souligne-t-il.

Des adaptations d’avenir

Limiter l’hétérogénéité des promotions

Autre champ d’intervention probable du dispositif : la remédiation des lacunes potentielles des futurs sortants du nouveau bac.

« Le choix des spécialisations à la carte risque de nous amener des candidats moins calés en maths et/ou en physique que notre public traditionnel de terminale S. Cette remise à niveau devrait nous aider à limiter l’hétérogénéité des promotions  », explique Philippe Legallais.

« Ces modules d’enseignement hybrides ont vocation à être proposés à des étudiants européens et internationaux, une fois la période de flottement occasionnée par la crise sanitaire éclaircie  », précise Michel Mudry.

Le module Paces a servi d’instigateur à la fondation Polytech dans sa proposition de plate-forme hybride faite en réponse à l’appel à projet ministériel « Hybridation des formations de l’enseignement supérieur », paru début juin dans le cadre du PIA (Programme d’Investissements d’Avenir).

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